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Le défi kurde ou le rêve fou de l'indépendance


Auteur : Chris Kutschera
Éditeur : Bayard Date & Lieu : 1997, Paris
Préface : Danielle Mitterrand Pages : 352
Traduction : ISBN : 2-227-13513-1
Langue : FrançaisFormat : 150x220 mm
Code FIKP : Liv. Fra. 3241Thème : Politique

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Le défi kurde ou le rêve fou de l'indépendance


Le défi kurde ou le rêve fou de l'indépendance

Préface

Ils m'appellent la «mère des Kurdes». Tout simplement parce que, pendant ces longues années au cours desquelles leur drame a été occulté, j'ai essayé de faire entendre leur voix.

Voici maintenant près de quinze ans que j'ai pris mieux conscience de l'existence de ce peuple oublié des médias, grâce à quelques intellectuels que j'ai eu le plaisir et la curiosité de rencontrer à Paris. À travers eux, j'ai découvert avec passion la culture si riche et si ancienne des Kurdes, et nous avons été quelques-uns à soutenir la création en France d'un «Institut culturel kurde ». Puis, informée progressivement par diverses sources, j'ai compris l'ampleur de la persécution de ce peuple, que ce soit dans l'Irak de Saddam Hussain, dans la démocratie turque dominée par des généraux, dans l'Iran des ayatollahs, ou encore dans la Syrie du général Assad. J'apprenais par une multitude de témoignages les tentatives d'extermination de la population réduite à la fuite devant la destruction de ses villes et villages, le gazage chimique de Halabja, la défoliation des forêts, l'existence de camps d'internements pour les paysans déplacés ou terrorisés par la répression.

Ceux qui eurent le courage de dénoncer les faits prirent de grands risques: leurs témoignages et leur contestation les ont conduits en prison, où certains sont encore. D'autres sont tombés sous les balles des escadrons de la mort. D'où la nécessité qu'une personnalité libre prenne leur relais et devienne leur porte-parole auprès de l'opinion publique internationale. Émue par la détresse du peuple kurde, j'ai accepté d'assumer ce rôle. D'autres l'avaient tenté avant moi: depuis des années en effet, révoltés par l'intolérable, quelques personnes et certaines ONG s'efforçaient de prendre la défense de cette population éprouvée. En butte à des intérêts puissants et aux soi-disant «raisons d'État», ces voix n'ont pu franchir le cercle restreint des défenseurs des Droits de 1'homme.

Ma situation singulière d'épouse du chef de l'État français aurait-elle fourni aux médias le prétexte du «pavé dans la mare»? Toujours est-il que depuis ma visite mouvementée d'avril 1989 en Turquie pour rencontrer les Kurdes fuyant l'Irak, ils ont mieux fait connaître le martyre de cette population.

De Bush à Gorbatchev, de Kohl aux parlementaires européens, je parlais des Kurdes sans ambage. Aucun grand de ce monde ne pouvait plus ne pas savoir. J'ai compris alors que nos ambassades, soucieuses de ménager de bonnes relations entre les gouvernements et de favoriser les échanges économiques, ont tendance à rester discrètes sur les violations des Droits de 1'homme – fussent- elles graves et massives -, quand des intérêts mercantiles sont en jeu. De ce fait, la version rapportée par mes soins entrait en contradiction avec les informations officielles des chancelleries et rendait mes interlocuteurs perplexes. Mais il a fallu qu'interviennent la guerre du Golfe et le grand exode kurde qui a suivi pour que la tragédie kurde fasse véritablement irruption dans la conscience publique.

Les événements qui se sont produits depuis, aussi bien en Irak qu'en Turquie, ne laissent guère de doute sur l'importance de la question kurde pour la paix et la stabilité au Proche-Orient. Elle nous concerne aussi, nous Européens, car à la suite des guerres, des répressions, de la misère, plusieurs centaines de milliers de Kurdes vivent désormais dans les pays de l'Union Européenne. Ils sont en quelque sorte devenus nos voisins et ne cessent par leurs actions diverses, d'attirer notre attention sur le sort de leur peuple.

Les Kurdes sont proches de nous également par leur aspiration à une véritable démocratie. Leur volonté de faire respecter leur dignité et leur identité culturelle pourrait en effet être satisfaite dans ce cadre. Combien d'hommes et de femmes remarquables ai-je connus qui parlaient inlassablement de démocratie sans jamais revendiquer la modification des frontières étatiques actuelles? Je pense du côté iranien à Ghasemlou, assassiné en 1989 à Vienne; du côté turcs, à Leyla Zana, député kurde, emprisonnée depuis 1994 et condamnée à quinze ans de réclusion, mais aussi à de grands écrivains comme Moussa Anter, lui aussi assassiné. Pourtant, la version officielle maintient la description du terrorisme séparatiste qu'il faut éliminer pour sauver l'intégrité du territoire en Turquie. Combien d'appels à la négociation pour la paix ont été lancés pour être rejetés sans explication par le gouvernement d'Ankara? Les moyens de pression existent: démocratie « laïque », la Turquie n'en est pas moins soumise à une armée toute puissante, laquelle est un excellent client de nos industries d'armement. L'Occident ne doit pas hésiter à lui négocier son aide, qui peut d'ailleurs être multiforme.

Jetons maintenant un regard sur leurs voisins, les Kurdes irakiens. Après les terribles épreuves qui ont succédé à l'exode, ils ont mis en place en 1992, un parlement et un gouvernement issus du suffrage universel. Ils rêvaient alors de voir leur jeune démocratie pluraliste servir d'exemple au reste du pays. Hélas, abandonnée par ses grandes soeurs occidentales, dans un pays dévasté et un environnement régional hostile, elle a fini par se dévoyer, faute de solidarité. Et nous en subissons les conséquences. Ainsi, la question kurde reste une plaie ouverte. Et de temps en temps, lors de crises aiguës, elle occupe nos écrans de télévision. Mais à l'heure du zapping et de l'éphémère, nous avons plus que jamais besoin d'études s'appuyant sur une information rigoureuse et une documentation solide pour nourrir notre réflexion et fonder notre action. Sur le problème kurde, nous disposons de peu d'ouvrages en français et ceux qui existent, pour la plupart, ne couvrent pas la période récente de cette histoire particulièrement riche en événements. Le lecteur français manque donc actuellement d'outils de référence pour suivre l'actualité kurde. C'est dire si le présent ouvrage répond à un besoin réel et remplit un vide.

Grâce à sa connaissance personnelle des principaux acteurs de l'histoire kurde contemporaine et à ses nombreux déplacements dans la région depuis plus de vingt ans, Chris Kutschera dispose d'informations puisées aux meilleures sources. Il nous offre ici un vaste panorama de l'histoire kurde, telle qu'elle se dessine aujourd'hui avec ses luttes, ses espoirs, ses échecs et ses drames.

Tous ceux qui à un titre ou à un autre s'intéressent au peuple kurde et à son histoire devraient lire cet ouvrage fort utile qui leur permettra de comprendre pourquoi son histoire se trouve aujourd'hui au coeur de notre actualité.

Danielle Mitterrand



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