La bibliothèque numérique kurde (BNK)
Retour au resultats
Imprimer cette page

La nation kurde en face de mouvements arabes


Auteur : Pierre Rondot Multimedia
Éditeur : Revue Orient Date & Lieu : 1958, Paris
Préface : Pages : 16
Traduction : ISBN :
Langue : Fran├žaisFormat : 155x245 mm
Code FIKP : Br. 2117Thème : Politique

Présentation
Table des Matières Introduction Identité PDF
La nation kurde en face de mouvements arabes

La nation kurde en face de mouvements arabes

Pierre Rondot

Revue Orient

Lorsque en 1905 Négib Azouri publiait son célèbre «Réveil de la Nation arabe1», il associait, au développement d'un nationalisme arabe auquel il pressentait déjà que se heurterait le sionisme politique, les perspectives d'un essor national kurde. Arabes et Kurdes n'étaient-ils pas en effet, alors, les sujets également impatients de l'arbitraire ottoman?

Cependant les événements n'ont pas, durant le demi-siècle qui a suivi, entièrement corroboré cette anticipation de l'essayiste libanais. Pour différentes raisons, et en particulier parce que la politique britannique a misé sur l'arabisme, et, après quelques essais décousus, a négligé et souvent même desservi le kurdisme, les deux mouvements ont connu un sort bien différent. Aux succès retentissants et tumultueux de l'arabisme politique ont seulement fait écho, de façon sporadique, de rares allusions aux efforts vainement déployés ...



LA NATION KURDE EN FACE DE MOUVEMENTS ARABES

Lorsque en 1905 Négib Azouri publiait son célèbre «Réveil de la Nation arabe1», il associait, au développement d'un nationalisme arabe auquel il pressentait déjà que se heurterait le sionisme politique, les perspectives d'un essor national kurde. Arabes et Kurdes n'étaient-ils pas en effet, alors, les sujets également impatients de l'arbitraire ottoman?

Cependant les événements n'ont pas, durant le demi-siècle qui a suivi, entièrement corroboré cette anticipation de l'essayiste libanais. Pour différentes raisons, et en particulier parce que la politique britannique a misé sur l'arabisme, et, après quelques essais décousus, a négligé et souvent même desservi le kurdisme, les deux mouvements ont connu un sort bien différent. Aux succès retentissants et tumultueux de l'arabisme politique ont seulement fait écho, de façon sporadique, de rares allusions aux efforts vainement déployés par les Kurdes. Pour l'opinion occidentale, le problème arabe n'a cessé de se poser comme un important objet d'études et de préoccupations; la question kurde en revanche n'a jamais été entrevue que d'une manière épisodique; elle a rarement été envisagée avec quelque sérieux, en dépit des qualités et de la vigueur de ce peuple d'au moins six millions d'âmes2, et de sa remarquable position au cœur des montagnes de l'Asie antérieure.

Cependant, au lendemain du coup d'État survenu à Bagdad le 14 juillet 1958, on a pu lire, dans la Constitution provisoire de la nouvelle République irakienne, des dispositions sans analogues dans la charte d'aucun État arabe : «La société irakienne est fondée sur la coopération totale entre tous les citoyens, sur le respect de leurs droits et de leurs libertés. Les Arabes et les Kurdes sont associés dans cette nation. La Constitution garantit leurs droits nationaux au sein de l'entité irakienne3.»

Il s'agit là, non seulement pour les Kurdes eux-mêmes, mais pour l'ensemble de l'équilibre oriental, d'un fait très important. On s'efforcera de situer cet événement dans l'évolution des rapports arabo-kurdes, et de dégager quelques-unes des perspectives qu'il pourrait ouvrir à l'évolution ultérieure de la nation kurde.

I. Contacts et rapports traditionnels entre Kurdes et Arabes

Sans nous y attarder, car ce sujet mériterait une étude historique et sociologique approfondie, dont les bases ne seraient d'ailleurs pas toutes faciles à réunir, il nous faut donner d'abord quelques indications très sommaires sur les rapports anciens et traditionnels entre les Kurdes et leurs voisins du Sud, les Arabes.

Aux confins de la Mésopotamie et de l'Anatolie, depuis un temps quasi-immémorial les Arabes tiennent la plaine, les Kurdes occupent la montagne. Si l'on fait abstraction des villes et bourgades, éléments typiques de la civilisation arabe, où les Kurdes n'apparaissent que relativement peu, Kurdes et Arabes suivent le même système social traditionnel, la tribu. Toutefois, dans son ensemble au moins, le mode de vie des deux populations est différent: les Arabes, qui portent des vêtements amples et se ...

1 . Négib Azouri, Le réveil de la nation arabe dans l'Asie turque, en présence des intérêts et des rivalités des puissances étrangères, de la Curie romaine et du Patriarcat œcuméniques, Paris, s. d. (1905).

2. C. J. Edmonds a récemment estimé les Kurdes à cinq millions (Daily Telegraph, 22 juillet 1958); le chiffre de onze millions est avancé par les Kurdes eux-mêmes dans leur adresse de décembre 1957 à la Conférence du Caire, analysée ci-après. Il n'existe naturellement aucun recensement valable. La question se pose également de savoir si certaines populations montagnardes de l'Iran du sud-ouest, Loures et Bakhtiaris, doivent être, ou non, considérés comme des rameaux du peuple kurde.

3. Le Monde, 29 juillet 1958, analysant et citant en partie la Constitution provisoire irakienne présentée le 27 juillet 1958 par le général Abdel Kerim Kassem, président du Conseil. Le passage reproduit correspond à l'article 3. C'est nous qui soulignons.




Fondation-Institut kurde de Paris © 2019
BIBLIOTHEQUE
Informations pratiques
Informations légales
PROJET
Historique
Partenaires
LISTE
Thèmes
Auteurs
Éditeurs
Langues
Revues