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1915, le génocide des Arméniens


Éditeur : Complexe Date & Lieu : 2002, Bruxelles
Préface : Pages : 222
Traduction : ISBN : 2-87027-901-9
Langue : FrançaisFormat : 115x175
Code FIKP : Liv. Fre. Cha. Dix. N°3298Thème : Général

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1915, le génocide des Arméniens

1915, le génocide des Arméniens

Gérard Chaliand,

Editions Complexe


En mai 1915, la nouvelle tombe sur les téléscripteurs des organes de presse, confirmée par les dépêches des consuls: les massacres d’Arméniens reprennent à travers l’Empire ottoman. Les puissances centrales alliées et celles de l’Entente en conflit avec la Turquie s’inquiètent à des titres divers. Depuis 50 ans, elles savent ce que signifient ces violences sporadiques. Dans les circonstances présentes, elles ne peuvent que nuire aux intérêts de tous. D’autant plus qu’il apparaît rapidement, par recoupement des renseignements, que l’on est en présence d’un vaste projet d’anéantissement de tous les Arméniens de Turquie. La Wilhelmstrasse en est rapidement informée. Berlin, comme Vienne, suivent le déroulement de l’opération et comprennent vite devant la résolution turque qu’ils n’ont pas les moyens d’intervenir diplomatiquement. Les Allemands se borneront à réunir un dossier de documents écrits et photographiques à seule fin de se disculper plus tard.

Les membres de la Triple Entente ont, eux, au contraire, tout intérêt à diffuser l’information et à dénoncer la Turquie devant l’opinion mondiale. L’agence Havas révèle le contenu d’un télégramme que les trois ministres des Affaires étrangères de l’Entente — Grey, Delcassé et Sazonov — ont adressé le 24 mai à la Sublime Porte: ils tiendront personnellement responsables ceux qui auront ordonné les massacres et ceux qui les auront ...



PRÉFACE


Au cours de la décennie qui s’est écoulée depuis la dernière réédition de cet ouvrage, au début de l’année 1991, trois événements importants sont survenus, affectant de façons diverses le dossier que nous présentons.

Il s’agit en premier lieu de l’indépendance de l’Arménie, conséquence de l’effondrement de l’Union soviétique. Le fait d’être doté d’un État, si modeste soit-il, est un élément capital que comprennent mieux que quiconque ceux auxquels celui-ci a été longtemps dénié: la mémoire du génocide cesse dès lors d’être le référent central, sinon unique, et le passé devient moins important que l’avenir.

Le deuxième événement est constitué par la guerre du Karabakh. On sait que le Haut-Karabakh, peuplé de 85 % d’Arméniens, ne voulait plus dépendre de l’Azerbaïdjan auquel il avait été confié au début des années vingt par le parti Bolchevik qui jouait là le «diviser pour régner» classique. Plus tard, Mikhaïl Gorbatchev, dont la politique de la perestroïka ne prenait pas en compte les aspirations nationalistes des peuples de l’empire, se montra hostile à tout changement de statut dans la région. Cependant, après sa chute, devant un Azerbaïdjan qui cherchait à sortir de l’orbite russe, Moscou se montra disposé à coopérer avec l’Arménie. Les hostilités commencèrent en 1988 pour se terminer en 1993 avec un armistice qui accoucha d’une paix armée. Contrairement aux prévisions et malgré un sérieux handicap démographique, les combats tournèrent à l’avantage des Arméniens. Venant peu après l’indépendance de l’Arménie, cette victoire militaire contribua à modifier l’image que la plupart des Arméniens, victimes pendant la longue période de mesures d’exception et de massacres, qui va de 1895 (date des premières mesures prises par Abdul Hamid) à 1988 (année des pogroms de Sumgaït en Azerbaïdjan), avaient d’eux-mêmes, tant dans la diaspora qu’en Arménie proprement dite1.

Enfin, dernier élément, le génocide des Arméniens était reconnu au cours de la période considérée par la Russie, la Grèce, l’Italie, l’Uruguay, le Vatican, la Belgique, et surtout la France. Quant aux Etats-Unis, la reconnaissance du génocide par le Sénat fut bloquée du fait de l’intervention personnelle du Président Clinton, soucieux de conserver de bonnes relations avec Ankara.
En Turquie même, si la négation reste la position officielle, depuis quelques années, la recherche universitaire aborde de manière assez ouverte les sujets jusque-là considérés comme tabous. Ainsi, bravant les interdits, A. Nur Zarakolu, récemment disparue, qui dirigeait avec son mari la maison d’édition Belge Yayinlari, a publié, en turc, les premiers ouvrages critiques concernant aussi bien le génocide des Arméniens que la situation des Kurdes. Son courage lui a valu le grand prix de la Foire du livre de Francfort en 1999.

Gérard Chaliand
Mars 2002

1 La perception des Arméniens du Haut-Karabakh qui ne charriait pas un héritage de vaincus était différente.



L’événement

En mai 1915, la nouvelle tombe sur les téléscripteurs des organes de presse, confirmée par les dépêches des consuls: les massacres d’Arméniens reprennent à travers l’Empire ottoman. Les puissances centrales alliées et celles de l’Entente en conflit avec la Turquie s’inquiètent à des titres divers. Depuis 50 ans, elles savent ce que signifient ces violences sporadiques. Dans les circonstances présentes, elles ne peuvent que nuire aux intérêts de tous. D’autant plus qu’il apparaît rapidement, par recoupement des renseignements, que l’on est en présence d’un vaste projet d’anéantissement de tous les Arméniens de Turquie. La Wilhelmstrasse en est rapidement informée. Berlin, comme Vienne, suivent le déroulement de l’opération et comprennent vite devant la résolution turque qu’ils n’ont pas les moyens d’intervenir diplomatiquement. Les Allemands se borneront à réunir un dossier de documents écrits et photographiques à seule fin de se disculper plus tard.

Les membres de la Triple Entente ont, eux, au contraire, tout intérêt à diffuser l’information et à dénoncer la Turquie devant l’opinion mondiale. L’agence Havas révèle le contenu d’un télégramme que les trois ministres des Affaires étrangères de l’Entente — Grey, Delcassé et Sazonov — ont adressé le 24 mai à la Sublime Porte: ils tiendront personnellement responsables ceux qui auront ordonné les massacres et ceux qui les auront ...

 




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