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L’Espérance Trahie


Editor : Papyrus Date & Place : 1982, Paris
Preface : Pages : 408
Traduction : ISBN : 2-86541-022-6
Language : FrenchFormat : 150 x 230 mm
FIKP's Code : Liv. Fre. Ban. Esp. N°7735Theme : General

L’Espérance Trahie

L’Espérance Trahie

Abol Hassan Bani-Sadr

Papyrus

Au début des années 50, des clercs étaient venus pressentir l'avis de l'ayatollah Boroudjerdi, la sommité religieuse iranienne de l'époque.
« — Vous savez que le shah ne peut plus gouverner et que le gouvernement Mossadegh lui-même est faible ; alors, pourquoi ne pas profiter de l'occasion pour former le gouvernement de la loi coranique?»
« — Nous les clercs, prendre en mains les affaires de l'Etat ? Mais nous serions cent fois plus sanguinaires et oppresseurs que ceux qui nous gouvernent maintenant. Allez-vous occuper de vos affaires et ne vous laissez pas tourner la tête par ces idées. »
Un quart de siècle plus tard, la prédiction de Boroudjerdi s'est pleinement justifiée : les clercs détiennent le pouvoir en Iran, après s'être débarrassé de tous les autres courants qui avaient contribué à la victoire de la révolution islamique.
Comment est-ce arrivé ? Une évolution rapide dont le premier président de la République iranienne retrace le déroulement. Des données de première main sous-tendent l'analyse des événements. La personnalité de Khomeyni se voit disséquée ici sous tous les éclairages, par celui qui fut son « fils spirituel » et qui montre comment le shah a pris sa revanche sur ceux qui l'ont détrôné par la reconstruction d'un despotisme à leur image. Le problème des otages, la guerre avec l'Irak, la répression tous azimuts, l'attitude vis-à-vis des intellectuels et des femmes, la crise des minorités ethniques et religieuses, la crise économique et ses impacts sociaux, la nature du pouvoir politique actuel en Iran et les diverses forces qui le composent, etc...
Toutes ces questions constituent l'ossature de ce livre dont la trame théorique est celle qu'a toujours défendue l'auteur : la possibilité d'un islam laïque démocratique et indépendant, et dont l'optique pratique demeure celle d'un militant qui poursuit le combat dans l'opposition contre le nouveau despotisme.


Table des Matières

Notes préliminaires : repères chronologiques / 9
Notions essentielles à la compréhension de l’ouvrage / 10
Références et Ouvrages / 11

Prologue / 15

Première Partie : Les trois armes de la révolution / 19

Chapitre I : De l’hésitation à la décision / 21
1 — Une décision qui devient autre / 22
2 — L’illusion et la vérité / 25
3 — Discours et spontanéité / 27
4 — L’ultime visite et dernière scène / 31
5 — Qui se soumet ? / 37
6 — Une douloureuse rupture / 41
7 — La contre révolution et les Etats-Unis / 48

Chapitre II : Le symbole se brise / 61
1 — La lutte contre le despotisme et l’autoritarisme, la plus grande lutte des temps / 61
2 — L’ignorance de la direction / 78

Deuxième Partie : Facteurs politiques de la reconstruction de despotisme / 87

Chapitre III : Facteurs politiques intérieurs / 89
1 — Les organisations nouvelles / 96
2 — Objectifs poursuivis dans leur création / 102
3 — Le mollariat et le P.R.1 / 103
4 — Rôle des groupes qui ont mené une résistance armée / 117
5 — La fermeture de l’Université / 123
6 — Exacerbation de la situation / 128

Chapitre IV : Facteurs Politiques Extérieurs / 139
I — La prise d’otages / 140
1 — Qui a organisé la prise d’otages ? / 141
a — Les objectifs / 141
b — Situations et possibilités / 142
c — L’application du Projet / 143
2 — Conséquence de la prise d’otage sur la tendance au despotisme / 151
II — Les Etats-Unis et leurs moyens : le régime de Saddam, les complots, la guerre / 167
— Tabass et le complot contre l’armée / 173
— La guerre de Saddam contre Khomeiny / 176

Troisième Partie : Facteurs économiques, sociaux et culturels de la reconstruction du despotisme et de la dépendance / 189

Chapitre V : Les dimensions économiques de la reconstruction du despotisme dépendan / 163
1 — Solutions économiques proposées et réalisations / 196
2 — Retour aux structures de l’ancien régime / 205
3 — La tendance au commerce et ses conséquences sur la domination économique / 228
Chapitre VI : Facteurs sociaux de la reconstruction du despotisme, agent de la domination étrangère / 239
1 — Le bloc dominant face au mouvement révolutionnaire / 239
2 — Le même despotisme, les mêmes rapports sociaux, reconstruction de la classe fonctionnelle / 245

Quatrième Partie : Du discours de la révolution au discours du despotisme / 269

Chapitre VII : Le discours de la révolution « Discours général » / 271
1 — Despotisme politique, despotisme religieux et équilibre nul     / 271
2 — Un programme pour la révolution / 276
3 — Le discours de la révolution chez M. Khomeyni à Paris et à Téhéran, au début de la révolution / 284
4 — Quinze dimensions du discours de M. Khomeyni / 288

Chapitre VIII : Le discours du despotisme / 313
1 — Le clergé au-dessus de tous / 313
2 — L’élimination des intellectuels / 318
3 — Suppression des partis et des journaux / 326
4 — Suppression des libertés et retour à la dépendance / 332
5 — Organisation de la contrainte et de la répression / 338
6 — La force et la violence dans le discours du despotisme religieux et dans le discours révolutionnaire / 345
7 — Organisation de l’idéologie despotique religieux / 356

Chapitre IX : Autocritique / 365


PROLOGUE

Au nom de Dieu miséricordieux
Dans les jours difficiles de juin et juillet 1981, lorsque je vivais dans la clandestinité à Téhéran et m’attendais à chaque instant à être arrêté et tué, j’ai décidé d’exposer en guise de testament politique à l’usage de la jeunesse de mon pays, mes réflexions sur la reconstruction, dans l’Iran de la révolution, d’une direction despotique et sur la nécessité de lui résister.
Ces réflexions je les ai adressées à ma compagne afin de rendre hommage au rôle déterminant de la femme iranienne dans le cours de la révolution.

La femme est l’artiste du champ de la vie sociale, elle accède à la liberté en assumant pleinement son rôle créateur dans ce champ. Le présent et le passé sont témoins des efforts que j’ai déployés pour que la femme acquière entièrement sa personnalité et sa liberté. Le rôle de ma compagne et des femmes qui me sont proches dans les journées décisives du début juin 1981 m’ont renforcé dans ma conviction.
Tant que la femme ne sera pas libre et ne jouera pas pleinement son rôle en tant que facteur du développement et de l’épanouissement de la société, notre pays, mais aussi ceux qui lui ressemblent, n’accèderont pas à la liberté, à l’indépendance et au développement tant attendu.. C’est afin d’exprimer mon admiration pour les femmes de mon pays, qui, par leur participation à la révolution et à la résistance actuelle à la reconstruction du despotisme, créent ce chef d’œuvre que sera l’Iran libre, indépendant et progressiste, que cet ouvrage se présente comme une lettre adressée à ma compagne.

Lorsque le premier chapitre eut été terminé, j’ai pris le chemin de l’exil. J’ai alors décidé de transformer le testament en une analyse de la reconstruction du despotisme dépendant en Iran. Pour deux raisons : d’abord parce qu il n’existe aucune étude de ce genre sur la révolution iranienne, et que l’analyse de notre expérience révolutionnaire peut être utile à tous ceux qui luttent pour la liberté dans le monde. Ensuite parce que la réflexion sur notre expérience peut aider la génération iranienne actuelle dans sa résistance, dans le choix de ses méthodes de lutte et le redressement de celles qu’elle a utilisées.

J’ai daté chaque passage de l’ouvrage, parce que l’écriture de cet ouvrage a fait partie de l’activité quotidienne de celui qui, en un moment de crise extrême, a eu l’honneur d’être élu premier Président de la République naissante par une génération qui s’était levée pour l’une des plus grandes expériences révolutionnaires, et qui se fait le plus grand honneur de rester fidèle au peuple et à la révolution du peuple, aux côtés d’une génération qui s’est levée avec une force indicible pour extirper les racines d’un despotisme plusieurs fois millénaire. Ce livre, écrit au fil de cette lutte quotidienne deviendrait ainsi un instrument de travail pour la génération présente et les générations futures, parce qu’il se réfère à des faits qui se déroulent sous ses yeux et que leur déroulement même sert de pierre de touche à l’épreuve de la validité de ses descriptions et de ses analyses.

Au moment où j’écris ce prologue, près d’un an s’est écoulé depuis l’instant où je terminais l’ouvrage. Les événements qui se sont déroulés durant cette année tant à l’extérieur de l’Iran qu’à l’extérieur, ont suivi la cour que je prévoyais, ce qui tend à montrer l’exactitude des faits que j’ai rapportés et le bien fondé de mes analyses. Un travail d’analyse de l’évolution sociale est comme une construction ; il ne résiste pas à l’usure du temps si les faits qui en constituent le matériau ne sont pas réels et pertinents. Dans une description événementielle, des faits peuvent être ajoutés ou retranchés ; c’est impossible dans une analyse : la structure d’ensemble rejette les faits non-pertinents. Je crois avoir été sincère en rapportant faits et événements; en tout cas la structure que je décris et analyse doit être, dans sa cohérence, le témoin constant de la justesse ou de l’erreur des faits, des événements et des positions que je présente.

En dépit des agressions que les forces réactionnaires intérieures et étrangères font subir à la génération révolutionnaire actuelle, en dépit des temps amers de massacres et d’exécutions, que nous traversons, l’analyse du processus de reconstruction du despotisme me permet de prédire que ces agressions représentent la dernière tentative du despotisme dépendant pour se rétablir en Iran, que cette génération sera capable de l’anéantir. J’ai été conduit à cet optimisme par l’analyse des relations entre faits, entre facteurs intérieurs et extérieurs mais aussi par ces quatre-vingt dernières années de notre histoire, pleines de bouleversements ; notre peuple y a conduit trois révolutions. Notre pays est en réalité, le seul du monde qui ait connu quatre-vingt années de lutte permanente. A trois reprises, lors du mouvement constitutionnaliste (1906), du mouvement pour la nationalisation des pétroles (1951), et du renversement de la monarchie (1978), notre peuple a déclenché la révolution. Au cours de ces trois révolutions il a arraché les deux principales racines du despotisme : la racine politique et la racine religieuse. Il est aujourd’hui sur le point de mettre fin à l’hégémonie de deux courants dépendants, ceux liés à la Russie et à l’Occident ; la nécessité de l’expérience révolutionnaire que mène, de façon exemplaire, cette génération responsable, serait alors l’une des merveilles de l’histoire. Malgré tous les coups reçus, ce peuple, dressé contre les forces de domination internes et externes, garde la tête haute. La victoire enregistrée en un laps de temps si court sur les deux vieux despotismes, politique et religieux, renforce l’aspiration à accéder à une nouvelle ère de l’histoire humaine. Les vagues de crises successives que traverse le monde ne peuvent trouver de solution sans la reconnaissance par les pays industrialisés du droit au développement des pays dominés et sans l’aide apportée par les premiers aux seconds.

L’Occident prétend aujourd’hui que, pour sortir de la crise, le marché des produits industriels doit être développé dans le « Sud », dans les pays dominés. Comment le « Sud » peut-il, avec cinq cent milliards de dollars d’endettement acheter davantage ? La crise ne peut être résolue par le développement du marché. Elle est générale, politique, économique, sociale, culturelle. Elle ne peut trouver de solution que dans le développement indépendant de plusieurs milliards d’hommes opprimés.

Ils sont nombreux qui veulent effrayer cette génération. Ils sont bornés, ne voient pas les perspectives d’ère nouvelle qu’ouvrent la révolution et la résistance de notre peuple. Si cette résistance réussit (et elle réussira), la génération actuelle aura été l’artisan de l’un des plus beaux chefs d’œuvre qui trouvera des échos au travers de l’humanité entière. Aussi, la résistance présente de notre peuple est-elle une tâche immense et cruciale. A cette génération d’y employer toutes ses forces, et de réussir. Elle réussira.
Si j’ai tant confiance dans sa victoire c’est aussi parce que j’observe l’évolution des rapports de contradiction et de confrontation entre l’Etat et la nation en Iran. Le fondement de cette opposition historique est une domination despotique sur le peuple. Au cours de l’histoire, tous les mouvements révolutionnaires ont cherché à établir la souveraineté populaire et les régimes qui en étaient issus à un moment ou à un autre devaient le rapprocher de cet objectif. Les trois révolutions de ces quatre-vingt dernières années aspiraient à la souveraineté du peuple. Au cours de la révolution constitutionnaliste, les religieux qui y participèrent, reconnurent la légitimité de la souveraineté populaire) Mossadegh ne se disait pas premier ministre du shah ou du Parlement mais premier ministre du peuple, et Khomeyni lui-même, aux beaux jours, insistait sur la souveraineté du peuple.

Aux yeux de la nation, la contradiction entre l’Etat et la nation ne pouvait se résoudre que par le transfert entier de la souveraineté au peuple. Avec l’élimination de la monarchie, notre peuple s’est rapproché de son objectif. L’élection du premier Président de la République dans des circonstances dramatiques tant intérieures qu’extérieures, a été la manifestation de la souveraineté de la nation et a exprimé sa volonté de l’exercer. Cette élection ne donnait ainsi pas seulement à voir la personnalité nationale., elle était aussi le premier signe du transfert de souveraineté. Ce livre retrace comment je me suis sincèrement efforcé de remplir ma tâche de sauvegarde de la souveraineté de la nation tout en cherchant à éviter les occasions de différends avec la personne de M. Khomeyni. C’est dans cette perspective que j’ai tout fait pour qu’il ne dévie de la « ligne de l’imam », c’est-à-dire du discours de la révolution. Notre nation a été témoin à la fois de la sincérité de mes efforts et des violations grossières que M. Khomeyni faisait subir à sa souveraineté ainsi que des injures odieuses qu’il portait à sa dignité. Le coup d’Etat contre le Président de la République est une injure manifeste portée à la dignité du peuple iranien, que celui-ci n’a pas tolérée et ne tolère pas.

Les destins de Mohammad Ali shah1, de Reza shah et de Mohammad Reza shah, représentants du despotisme royal, ceux de sheikh Fadlollah2, de Kachani et de Khomeyni, représentants du despotisme religieux ne laissent planer aucun doute : notre peuple n’accepte pas les outrages et l’humiliation, il punit ceux qui violent ses droits, particulièrement son droit à la souveraineté.

Le régime de Khomeyni qui a violé le droit du peuple à la souveraineté, méprisé sa personnalité en détruisant l’espace où notre jeunesse pouvait penser et agir, n’a d’autre avenir que l’écroulement. En tant qu’élu du peuple, il était de mon devoir de tout faire pour que ses droits soient respectés, puis d’agir de telle sorte que ne soit pas retardée la lutte de cette génération pour la restauration de la souveraineté. C’était encore de mon devoir, après avoir décrit et analysé les facteurs politiques, économiques, sociaux et culturels de la reconstruction du despotisme, d’exposer franchement et clairement mes erreurs. Nous en avons pris conscience dans la lutte contre la reconstruction du despotisme et nous avons cherché à y remédier. Les résultats encourageants obtenus dans cette action et dans le redressement de nos erreurs sont encore l’une des raisons de mon optimisme quant à l’évolution de la situation en Iran.

Mais, même si rien ne justifiait l’optimisme, cette génération ne doit pas prêter l’oreille à la propagande des tenants de la domination étrangère et du despotisme. Le moment que nous traversons est si important, si crucial, que même si les perspectives n’inspiraient que le désespoir, cette génération devrait le transformer en espoir. Comment avant cette expérience, était-il possible de connaître le despotisme religieux ? Il était enraciné dans les profondeurs de notre conscience, avait caché son vrai visage pendant des siècles ; comment pouvait-on reconnaître l’hellénisation qui, sous le nom d’Islam, avait occulté le vrai visage de l’Islam, mais aujourd’hui montre son visage odieux dans la « souveraineté du docte ».

Je rends grâce à Dieu, qui m’a permis d’agir en tant qu’élu du peuple, à côté de la génération de la résistance pour rattraper son retard séculaire dans le domaine de la connaissance du despotisme religieux dans un laps de temps si court.

Quoiqu’il puisse arriver, le chemin déjà parcouru a conduit cette génération et les générations à venir sur la voie de la lutte et des victoires. La victoire de cette génération, en laquelle je crois jusqu’à la foi, est la seule excuse des erreurs, le seul remède aux difficultés et dangers entièrement assumés.

Abol Hassan Bani Sadr
16 septembre 1982

Première Partie

Les trois armes de la Révolution

Ma compagne, je te parlerai ici des problèmes qui m’agitaient dans les jours qui ont suivi le 10 juin 1981. Que faire ? Hésitations et décisions se succédaient. La Révolution disposait de trois armes : le discours, la spontanéité et la direction. Les armes de la paix et de la conciliation menaient la société de l’antagonisme au towhid, de la tristesse à la joie, du désespoir à 1 espoir, de l’imitation obéissante à l’initiative, de l’esclavage à la liberté, de la détresse au développement.

Aujourd’hui on nous privait de ces armes. Que devions-nous faire ? Nous ressemblions à des hommes, assiégés sur un toit, qui ne peuvent plus avancer ni reculer. Fallait-il ou non affronter M. Khomeyni ? Et jusqu’à quel point ? Et que faire si cet affrontement entraînait l’intervention des super puissances et de leurs agents ?

Pourquoi M. Khomeyni suivait-il cette voie ? Qu’est-ce qui dans sa pensée prêtait à déviation ? Notre combat contre les idéologies du despotisme n’est-il pas l’un des hauts faits de notre époque ? Si après avoir détruit le mythe du despotisme politique cette génération brisait aussi le mythe du despotisme religieux, ne serions-nous pas la première révolution à avoir écarté de son chemin le despotisme post révolutionnaire avant sa consolidation ? N’était-ce pas la tâche de notre génération de briser les idoles? d’ouvrir une ère nouvelle, celle de la libération des mythes du pouvoir ?

Je reprendrai ici ces questions et m’efforcerai d’y répondre à partir de l’expérience de notre révolution.

Chapitre Premier

De l’hésitation à la décision

Dans ce chapitre je parlerai d’un lien qui s’est rompu, je dirai comment j’ai évolué et ce qui m’a déterminé à la résistance, résistance qui se poursuit et qu’il faut poursuivre, et je m’efforcerai d’expliquer comment j’ai été amené à prendre cette décision. Je dirai comment ce que je prenais pour la vérité s’est révélé illusion. Je veux parler des idées qui dirigeaient M. Khomeyni et de leur évolution à laquelle j’avais cru mais qui ne s’est pas réalisée. Je parlerai du discours de la révolution, de la spontanéité populaire et des effets de l’évolution de la pensée de M. Khomeyni et du « mollariat ». Je poserai la question : pourquoi M. Khomeyni n’a-t-il pas compris que le recours à la censure ternirait le discours de la révolution, anéantirait une spontanéité populaire foisonnante, et qu’il se renierait en tant que dirigeant de la révolution ?

Je m’efforcerai, en évoquant mon dernier entretien avec lui et les dernières séquences du coup d’Etat rampant, de montrer comment il s’est séparé du peuple pour le dominer et devenir son despote. Pourtant ni lui, m moi ne voulions nous séparer. Il voulait m’amener à céder ; il voulait un président de la République docile. Et moi je m’efforçais de le ramener au discours de la Révolution, à reconstituer les trois armes de la Révolution. Aucun de nous deux n’a réussi à convaincre l’autre.

L’opération chirurgicale était devenue nécessaire. Elle était très douloureuse. Je ne voulais à aucun prix m’y prêter mais il me facilita la tâche, en rouvrant la voie aux Etats-Unis. Ceux-ci jouaient à nouveau un rôle déterminant dans l’évolution politique de l’Iran. Le dirigeant de la Révolution devenait le symbole du despotisme religieux. Un mythe se brisait.

.....


Bani-Sadr

L’Espérance Trahie

Papyrus

Papyrus Éditions
L’Espérance Trahie
Abol Hassan Bani-Sadr

Couverture: Josette Mimeran
Photo: Gamma

S.P.A.G - Papyrus Éditions
39, Boulevard Magenta
75010 Paris

©S.P.A.G., 1982

Achevé d'imprimer le 30 novembre 1982
par l'Imprimerie de la manutention a Mayenne
N°8066

Photocomposition : S.P.A.G. – Paris

Dépôt Légal : décembre 1982
I.S.B.N. : 2-86541-022-6



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