Bulletin d’Etudes Orientales:
Quelgues Aspects du peuplement de la Haute-Djeziré
Robert Montagne
Institut Français de Damas
La Haute-Djeziré est la partie de la grande plaine du Nord de la Syrie qui se trouve comprise entre ie Tigre et l’Euphrate au pied des montagnes d’Anatoli e et du Kurdistan.
Grâce au voisinage de grandes chames elevees, la frequence relative des pluies d’hiver, l’abondance des sources, des ruisseaux et des eaux soulerraines transforment ici les conditions de vie humaine dans la steppe du Nord de l’Arabie. La bande de plaines qui s’etend jusqua 80 kilometres des derniers contreforts, au pied de Mardin et du Tour Abdin, jusqu’au Djebel 'Abd el-Aziz et au Djebel Sindjar, offre a l’agriculture de merveilleuses possibilites de ...
QUELQUES ASPECTS DU PEUPLEMENT DE LA HAUTE-DJEZIRE
M. Robert Montagne
La Haute-Djeziré est la partie de la grande plaine du Nord de la Syrie qui se trouve comprise entre ie Tigre et l’Euphrate au pied des montagnes d’Anatoli e et du Kurdistan.
Grâce au voisinage de grandes chames elevees, la frequence relative des pluies d’hiver, l’abondance des sources, des ruisseaux et des eaux soulerraines transforment ici les conditions de vie humaine dans la steppe du Nord de l’Arabie. La bande de plaines qui s’etend jusqua 80 kilometres des derniers contreforts, au pied de Mardin et du Tour Abdin, jusqu’au Djebel 'Abd el-Aziz et au Djebel Sindjar, offre a l’agriculture de merveilleuses possibilites de developpement, tandis que, plus au sud, s’etendent jusqu’au cceur de la Péninsule les immenses espaces reserves aux pasteurs.
Une tres petite partie de la Haute-Djezire se trouve actuellement cultivde ; mais si l’on jette les yeux sur une carte du pays (1) on est frappé par la prodigieuse densite de tells, collines artificielles constituées par les ruines d’anciens villages et qui couvrent la plaine au Nord du Sindjar. La Haute-Djezire a évidemment reçu au cours de l’histoire un peuplement rural comparable à celui qui entoure de nos jours les villes de Homs et Hama.
Il n’est guere necessaire, sans doute, pour expliquer cette disparition de la vie agricole, de faire appel aux grands évenements de l’histoire : nous sommes ici à la limite de deux genres d’existence humaine qui l’emportent l’un sur l’autre chaque fois que les circonstances sont favorables au developpement de l’un d’eux. S’il regne sur le pays de puissants gouvernements, appuyés sur les villes de la bordure de la montagne — Mardin, Nissibin, Djeziret lbn 'Omar — la vie sédentaire se developpe rapidement en partant du pied des collines et de la tête des sources, puis gagne peu a peu vers le sud, jusqu’aux extremes possibilities d’irrigations; les barrages s’elevent et au dela se multiplient les puits; en un siecle, la plaine unie ou couraient les gazelles se transforme en l’un des plus riches greniers de l’Asie. Puis, lorsque l’empire chancelle, les tribus du desert, demeurees a la bordure des cultures, enhardies par l’anarchie, penetrent entre les villages dans les annees ou l’insuffisance des pluies a rendu la steppe aride; leurs troupeaux de chameaux et de moutons devorent les recoltes en vert et saccagent les vergers; les canaux d’irrigation sont abandonnes; les sedentaires se dispersent ou deviennent nomades à leur tour; quelques annees suffisent pour ramener les limites du desert jusqu’aux dernieres pentes de l’Anatolie.
C’est l’eternelle marée humaine dont les mouvements suivent rigoureusement les moindres fléchissements de la puissance des monarchies orientales.
Au flux et au reflux des pasteurs s’ajoute, dans ce pays, la lutte de deux races : les Kurdes montagnards, sedentaires ou semi-nomades, attires vers les bonnes terres du pied de la montagne ; les Arabes nomades rejetes du desert par l’insuffisance irreguliere des paturages. Demeurds les uns et les autres au stade primitif de la vie en tribu, reunis comme malgre' eux par les conditions d’existence mate'rielle, Arabes et Kurdes se heurtent et s’entrecroisent sans se confondre entierement.
De nos jours, la rivalite des races et l’opposition des tribus tendent d’ailleurs a prendre une forme nationale. Les montagnards Kurdes apparaissent comme des allogenes dans un etat syrien ou le bedouin cherche appui aupres du fonctionnaire arabe venu des cites de l’interieur. Le peuplement de la Haute-Djezire par des elements ethniques venus du Nord, comme celui du Kurdistan au nord de Mossoul, apparait aux citadins de Damas ou de Baghdad comme une entreprise dangereuse pour l’unité nationale des nouveaux états.
Le developpement de la vie humaine qui se poursuit actuellement sous nos yeux en Haute-Djeziré avec une extreme rapidite depuis cinq annees, nous permet done de mieux comprendre le jeu des forces economiques, sociales et nationales qui se heurtent dans la Syrie nouvelle. Observons d’ailleurs, A un autre point de vue, que nous trouvons ici, sous une forme plus accusee …..
(1) Cf. carte au 1/200.000' du Bureau Topographique des troupes frangaises du Levant (Beted Sindjar, avril 1982).
Robert Montagne
Bulletin d’Etudes Orientales :
Quelques Aspects du Peuplement de la Haute-Djeziré
Institut Français de Damas
Institut Français de Damas
Bulletin d’Etudes Orientales :
Quelques Aspects du Peuplement de la Haute-Djeziré
Robert Montagne
[Exteait du Bulletin d’Etudes Omentales
de l’Institut Français de Damas, t. II.]
Institut Français de Damas
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