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Les Kurdes de Turquie; un peuple entre reconnaissance et répression


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Éditeur : Compte d'auteur Date & Lieu : 1995, Aix en Provence
Préface : Pages : 130
Traduction : ISBN :
Langue : FrançaisFormat : 210x295 mm
Code FIKP : Liv. Fra. 3593Thème : Politique

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Les Kurdes de Turquie; un peuple entre reconnaissance et répression

Les Kurdes de Turquie; un peuple entre reconnaissance et répression

Cécile Porta

1ère Partie

Les kurdes font partis des peuples de langue iranienne avec les Perses, les Pachtounes, les Tadjiks, les Baloutches et les Ossètes. Ils appartiennent au groupe occidental (Plateau iranien par rapport au groupe oriental : Asie Centrale, steppes) des langues iraniennes comme les Baloutches.

Le Kurdistan est une des plus vieilles civilisations du Moyen Orient, on estime son origine à plusieurs siècles avant J. C. On a retrouvé dans les Zagros des vestiges appartenant aux ancêtres des kurdes datant de 3000 à 5000 avant J.C. Les principautés autonomes qui formaient le Kurdistan ont pu conserver leur indépendance, tant bien que mal, jusqu'au 19S.

Au 7eS ils sont englobés dans le califat arabe. De confession Zoroastre ils seront peu à peu convertit à l'Islam. Les kurdes sont sunnites pour la majorité ou Alévis.

Au 10eS le califat se désagrège, les Kurdes vont alors créer de petits Etats.

.....



INTRODUCTION

De la mosaïque des peuples du Moyen Orient, complexe, troublante, nous parviennent des images de peuples déchires persécutés, que l'on oublie et qui réapparaissent au gré de l'actualité.

Parmi eux les kurdes. Entre une présentation simplifiée et réduite comme celle qui les définit en tant que « Turcs de montagne » et la réalité beaucoup plus difficile à appréhender, il n'est pas aisé a priori de cerner l'origine de ce peuple.

Sans patrie, longtemps sans historien, dispersés dans cinq pays différents les faits ne nous aident guère.

Pourtant les Kurdes forment une des nations les plus anciennes du Moyen Orient.

Ce peuple mérite que l'on s'y attache. Autant pour la richesse de son histoire, que pour comprendre les enjeux géopolitiques dans lesquels ils sont imbriqués et qui menacent la stabilité de cette partie du monde.

Les kurdes possèdent une langue, une littérature et des coutumes qui remontent à plus de deux mille ans.

Ce sont des écrivains arabes turcs et persans qui ont rapporté les premières légendes sur les origines Kurdes.

Au 10e siècle le géographe Abou Ishak El Farsy écrit: « Ce sont effectivement des gens qui habitent dans nos contrées, mais qui sortent de la catégorie de l'espèce humaine, on a rassemblé des fragments du monde entier, que l'on a pétris et dont on a formé le Kurde! ».

L'historien arabe Masoudi dans son recueil « Les Prairies d'or » fait le récit d'une légende d'après laquelle les Kurdes seraient les descendants des enfants des esclaves du roi Salomon et de Satan. Les concubines du roi Salomon infidèles et impies qui avaient cédé aux avances du diable furent reléguées dans des montagnes lointaines. Elles donnèrent le jour à des « enfants qui se marièrent et se multiplièrent, et donnèrent le jour à la race des Kurdes ».

Une autre légende relatée par Firdusi dans son « Livre des rois »(« Chahname » 10eS), raconte que les Kurdes seraient les enfants des victimes d'un tyran très cruel nommé Zohak. Celui-ci souffrait de deux chancres sur les épaules qui «levaient la tête comme des serpents ».Cela lui provoquait des douleurs atroces qu'aucun médecin ne parvenait à apaiser, jusqu'à ce que Satan lui apparaissant sous forme de médecin lui prescrivit pour remédier à ses douleurs, de panser ses chancres chaque jour avec les cervelles de deux adolescents. Le vizir chargé de préparer ce remède réussit à épargner chaque jour un adolescent en mélangeant une cervelle humaine à celle d'un bélier. Les survivants allèrent se réfugier « sur la crête des montagnes les plus désertes entièrement inhabitées...Comme ils eurent le soin pendant un temps infini de fuir avec horreur et d'éviter le commerce des hommes et la fréquentation des villes, ils se créèrent un langage et un idiome particulier ».

Les Kurdes ont donc toujours été perçus par leurs voisins comme un peuple à part.

Zone tampon entre la Perse et l'Empire Ottoman, puis définitivement intégrés à celui-ci, le Kurdistan va peu à peu perdre son indépendance. Depuis l'éclatement de l'empire Ottoman, les Kurdes sont divisés entre la Turquie, l'Irak, l'Iran, essentiellement et aussi la Syrie et l'URSS. Le fait Kurde n'a cessé de préoccuper ces pays tant au plan interne, qu'externe, créant contre eux ou avec eux des alliances et des mésalliances. Finalement un seul accord existe entre ces pays désunis: c'est le refus de voir naître sinon un Etat Kurde ne serait ce qu'une autonomie pour la population Kurde. Cela remettrait en cause la fragile stabilité qui existe au sein de chacun de ces pays du fait des revendications que soulèveront leur propre minorité Kurde. Ces pays craignent aussi une remise en cause de leurs frontières et la perte de richesses irremplaçables qui se situent sur le territoire du Kurdistan : eau et pétrole notamment.

La question des minorités ici comme ailleurs traduit les limites d'un système de relations internationales qui s'est élaboré sur la souveraineté absolue des entités étatiques sans avoir su inventer les formes juridiques capables de satisfaire les minorités transfrontalières.

Ainsi le problème Kurde fait partie intégrante de la principale difficulté interne et externe de la Turquie depuis plus de 70 ans.

La Turquie occupe une place stratégique dans la région. A la frontière de l'Est et de l'Ouest, seul interlocuteur pour les Occidentaux face au monde arabe, la Turquie se veut incontournable. C'est un pays doté d'une armée puissante, qui a su exploiter les richesses de son territoire et développer des échanges économiques lucratifs avec ses pays voisin.

Mais elle doit faire face aujourd'hui à plusieurs difficultés. Redéfinir et consolider sa position de premier plan face à la fin de la guerre froide. Surmonter ses contradictions qui la tiraillent entre l'Orient et l'Occident. Et surtout trouver une solution à son problème de minorité qui menace sa cohésion et la stabilité de la région toute entière. Les exactions perpétuelles que la Turquie commet sur les Kurdes, les atteintes aux droits de l'homme maintes fois dénoncées lui ont fermé les portes de l'Europe.

Il s'agit pour bien comprendre la situation des Kurdes en Turquie de retracer leur histoire en parallèle avec celle de l'Empire Ottoman. D'exposer plus précisément les enjeux que représentent le problème Kurde pour la Turquie. Et enfin de saisir toute l'évolution du peuple Kurde, durant ces années de répression, à l'intérieur même de cette communauté, vis à vis de la population Turque, du gouvernement d'Ankara et de la communauté internationale.




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