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L'origine de la Question Kurde


Auteur :
Éditeur : L'Harmattan Date & Lieu : 1994, Paris
Préface : Pages : 284
Traduction : ISBN : 2-7384-2742-1
Langue : FrançaisFormat : 150x230 mm
Code FIKP : Liv. fra. Thème : Politique

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L'origine de la Question Kurde

L'origine de la Questıon Kurde

Salah Jmor

L'Harmattan


Ce livre traite de façon rigoureuse l'origine du problème kurde. À la fois historique et politique, il étudie l'émergence du Kurdistan dans les règlements de paix après la Première Guerre mondiale. Il analyse à travers des sources diplomatiques la reconnaissance par les Alliés du droit du Kurdistan à l'indépendance lors de la conférence de Paris et dans le Traité de Sèvres. Il examine la divergence des intérêts britannique et français sur le partage du pétrole et du territoire du Kurdistan.
Cet ouvrage permet de comprendre pourquoi le Kurdistan n'est pas devenu un État indépendant au même titre que l'Irak et la Syrie.



Salah Jmor est né en 1956 d'une famille kurde enracinée. Il fut le représentant kurde auprès de l'ONU de 1982 à 1992. ll est docteur en sciences politiques (relations internationales) de l'Université de Genève. Il est l'auteur de plusieurs études et articles sur la question kurde.

 



INTRODUCTION

Pourquoi les Kurdes n'ont pas créé un Etat indépendant à la suite de la Première Guerre mondiale et après que les Alliés ont reconnu, lors de la Conférence de paix de Paris en 1919, le droit du Kurdistan à l'indépendance au même titre que l'Irak, la Syrie, l'Arménie et la Palestine?

Cette étude essaye de répondre à cette question fondamentale et à d'autres questions liées aux attitudes de l'Angleterre, de la France, de la Russie, des Etats-Unis, de la Turquie ottomane, de la Turquie kemaliste, des Arméniens et des Kurdes eux-mêmes vis-à-vis de la création d'un Etat au Kurdistan.

L'Angleterre et la France ont joué le rôle majeur dans l'histoire diplomatique du Kurdistan après la Première Guerre mondiale. Durant dix ans l'affaire du Kurdistan - c'est-à-dire le problème du partage du pétrole et du territoire du Kurdistan - empoisonnait les relations franco-britanniques en Asie Mineure.

Cest une étude des relations internationales. L'étude des relations internationales relève essentiellement de l'histoire diplomatique, de la philosophie politique et du droit international.

La discipline des relations internationales s'occupe des relations entre les Etats, notamment. L'Etat se pose donc comme l'acteur principal. Aussi les études choisies sont-elles soit l'analyse de l'interaction des politiques de deux Etats, soit l'analyse de la politique adoptée par un ou plusieurs Etats à l'égard d'un autre Etat ou encore l'analyse d'un problème donné de relations internationales.

Dans cette étude les relations internationales signifient, surtout, les relations inter-Alliés: l'Angleterre, la France, l'Italie, la Russie, et les EtatUnis. Ce sont les Alliés qui ont gagné la guerre et qui ont établi les règlements de paix avec la Turquie.

Il est vrai que l'Etat est l'acteur principal de la relation internationale, mais il n'est pas le seul. Au cours de l'histoire, des entités non étatiques et des territoires se sont posés comme des acteurs ou des sujets importants dans la politique et les relations internationales, tel est le cas du Kurdistan entre 1914 et 1925. Les explications suivantes éclaireront notre propos.

Jusqu'à la Première Guerre mondiale, le Kurdistan, pays des Kurdes, était divisé entre l'Empire ottoman à l'ouest et l'Empire perse à l'est. Ce vaste pays d'environ cinq cent mille kilomètres carrés est peuplé depuis des millénaires par le peuple kurde, et connu dans l'histoire, par la littérature, et par les peuples de la région, comme un pays kurde. Le Kurdistan ne jouissait pas d'un statut juridique ou politique bien déterminé sous ces deux empires.

L'Empire ottoman aussi bien que l'Empire perse étaient des Etats composés de plusieurs ethnies et peuples. Les territoires des pays et des provinces n'étaient pas délimités selon leur caractère national ou ethnique. Les nationalités sous l'Empire ottoman étaient divisées selon la religion musulmane et chrétienne.

Par ailleurs, le Kurdistan était composé essentiellement de principautés et des territoires des tribus, dirigés par des Mîrs (princes) et des Agas (seigneurs) kurdes. Jusqu'au début du XXe siècle, les autorités centrales ottomanes et perses n'avaient souvent pas d'influence sur la vie locale dans le pays kurde.

L'accumulation des problèmes économiques et politiques de l'Empire ottoman avait engendré la faiblesse du pouvoir central et l'émergence des mouvements nationalistes et séparatistes chez les peuples qui étaient soumis à la domination turque.
Au Kurdistan, le soulèvement du Sheikh Oubeidullah Nehri de 1879 à 1882 constitue la première tentative kurde pour la réunification des régions kurdes et la création d'un Etat au Kurdistan. L'échec de ce mouvement n'avait pas pour autant éteint l'aspiration nationaliste, encore trop jeune, chez les Kurdes.

A la veille de la Première Guerre mondiale, les Kurdes, comme tous les peuples soumis aux autorités de l'Empire ottoman, aspiraient à l'indépendance et à la création d'un Etat-nation. Mais le mouvement national kurde n'était pas assez influent pour soutenir le droit des Kurdes à l'indépendance au niveau international, ni même pour devenir un acteur dans les relations internationales.

La place qu'a occupée le Kurdistan dans les relations internationales n'était pas tant due au résultat du rôle des Kurdes eux-mêmes qu'à la place importante prise par le pétrole du Kurdistan et à sa situation stratégique dans la politique des puissances alliées entre 1914 et 1925. Toutefois, ce peu d'importance diplomatique accordé aux Kurdes pendant cette période fut le résultat aussi bien du rôle considérable joué par le général Chérif Pacha et à ses initiatives personnelles qu'aux différents mouvements kurdes.

Par ailleurs, l'intention formulée par les Alliés, dès le début de la guerre, de partager l'Empire ottoman avait amené le débat sur le Kurdistan dans les relations internationales. Déjà avant la guerre, la découverte du pétrole et le besoin de sécurité de la ligne stratégique Bagdadbahn, le projet de chemin de fer Berlin-Bagdad, avaient donné une importance particulière au territoire du Kurdistan dans les discussions des puissances européennes avec l'Empire ottoman.

De plus, à la fin de la guerre et lors de la Conférence de paix de Paris de 1919, l'Angleterre, par l'entremise de son Premier ministre Lloyd George, avait posé ouvertement la candidature du Kurdistan pour figurer parmi les pays qui devraient être soumis aux mandats des puissances alliées ou de la Société des Nations.

Ainsi, selon la Déclaration du Président Wilson et les intentions des Alliés, les peuples soumis anciennement aux autorités ottomanes devaient accéder, après une période de transition sous mandat, à l'indépendance nationale. L'avenir du Kurdistan devait donc être traité de la même manière que celui de la Mésopotamie (l'Irak), de la Syrie, de l'Arménie et de la Palestine.

D'ailleurs, l'Accord Tripartite formulé à Londres en avril 1920 et signé à Sèvres en août entre l'Angleterre, la France et l'Italie reconnaissait l'indépendance du Kurdistan occidental. Finalement, le Traité de paix de Sèvres signé entre les puissances alliées et la Turquie a cristallisé l'intention de ces Etats de reconnaître l'autonomie puis l'indépendance d'une partie du Kurdistan.

Toutefois, il faut reconnaître qu'en soutenant la création d'un Etat kurde au Kurdistan occidental, l'intention de l'Angleterre n'était pas de reconnaître le mouvement national kurde, et encore moins le droit à l'autodétermination du peuple kurde, mais plutôt de favoriser ses intérêts dans la région en créant un Kurdistan tampon entre la Turquie et la Russie d'une part, et la Mésopotamie d'autre part.

Au cours de notre recherche, nous avons constaté que le problème du Kurdistan était traité dans les relations internationales comme deux sujets reliés : le problème du territoire et le problème du pétrole. Ce qui était devenu important dans les relations internationales, après la Première Guerre mondiale, n'était pas la question kurde en elle-même mais plutôt le problème de statut et d'appartenance d'une certaine partie du Kurdistan à telle ou telle puissance et surtout le problème du partage du pétrole du Kurdistan entre l'Angleterre et la France.

Le Kurdistan n'est pas un Etat et dans cette étude nous n'avons pas traité le Kurdistan comme une entité étatique.
Toutefois, considérant le Kurdistan comme un pays ou un territoire candidat à devenir un Etat, nous avons étudié le cours de sa formation et les causes de son échec.

Un des faits les plus importants dans l'histoire contemporaine du peuple kurde est la reconnaissance à l'autonomie puis à l'indépendance d'une partie du Kurdistan, après la Première Guerre mondiale, par un traité international. En effet, il n'est pas un appel, un mémorandum ou une demande des Kurdes pour le respect de leurs droits qui ne se réfère au Traité de Sèvres, Article 62-64.

Bien que ce Traité n'ait pas été appliqué, il constitue un acquis historique pour les Kurdes.

Iliusion ou réalité ?

Ce Traité était-il basé sur certaines considérations de fait ou bien était-il simplement un accord dicté par les circonstances politiques et diplomatiques ?

Y a-t-il eu des Etats ou des Principautés kurdes indépendants avant la Première Guerre mondiale ?
Quel était le statut du Kurdistan entre l'Empire ottoman et l'Empire perse ? Quelle place occupait le Kurdistan pendant la Première Guerre mondiale dans la diplomatie secrète des Alliés ?

Comment le Kurdistan est-il devenu un sujet dans les relations entre les puissants Etats de l'époque ?
Quelle était l'influence des principes du président Wilson sur les dirigeants kurdes, sur la diplomatie secrète et sur la politique impérialiste des puissances européennes ?

Quelle place prenaient le territoire du Kurdistan et son pétrole dans les relations entre l'Angleterre et la France ?
Quelles sont les circonstances politiques et diplomatiques qui amenèrent à la signature puis à la non-ratification du Traité de Sèvres?

Quelle était l'attitude de l'Angleterre et de la France vis-à-vis de la création d'un Etat kurde indépendant ?
Qu'est-ce qui empêcha les Kurdes de créer leur Etat indépendant comme le firent l'Irak et la Syrie ?
Quelle était l'influence du mouvement kemaliste ? Comment le Traité de Lausanne a-t-il été conclu?
Ce Traité était-il en concordance avec la réalité de la région et conforme au droit international ou était-il un accord exigé par les circonstances politiques?

Pourquoi l'Angleterre créa-t-elle l'Etat d'Irak abandonnant la création d'un Etat au Kurdistan ?
Quelle était la politique de la France à l'égard de l'affaire du Kurdistan et de son pétrole ?
Pourquoi la France était-elle opposée à la création d'un Etat au Kurdistan? Quelle était l'attitude des Etats-Unis à cet égard?

Quelle importance prenait le pétrole du Kurdistan dans la diplomatie des puissances ?

Comment l'affaire du Wilayet de Mossoul (Kurdistan méridional) a-t-elle émergé dans le domaine des relations internationales ?

Quelle fut l'attitude de la Société des Nations dans l'affaire de Mossoul? La décision de la Société des Nations était-elle conforme au droit international ou aux intérêts de l'Angleterre?

Quelles furent les conséquences de la décision de la Société des Nations sur l'avenir des Kurdes, sur la paix, et sur la stabilité et la sécurité dans la région?

Telles sont les questions fondamentales formant le substrat de notre recherche et auxquelles notre thèse tentera de répondre.

Les sources :
Les documents utilisés pour la préparation de cette étude sont de sources officielles britanniques, françaises, américaines, turques, irakiens, kurdes et de la Société des Nations. Ces sources ont été consultées systématiquement pendant la préparation de cette thèse. La critique des sources a été faite autant que possible du point de vue historique.

Etant donné du rôle important joué par l'Angleterre dans l'affaire du Kurdistan la priorité a été accordée aux sources britanniques. Nos principales sources britanniques sont :
1. Documents on British Foreign Policy 1919-1939 : Ces documents contiennent les procès-verbaux de la première Conférence de Londres, de la Conférence de San-Remo, de la deuxième Conférence de Londres, de la Conférence de Lausanne, ainsi que les textes des traités et des accords internationaux du Conseil suprême des Alliés de juin 1919 au 1926. Ces documents sont enregistrés au Foreign Office sous le registre secret et confidentiel.

2. British Documents on Foreign Aff airs : Reports and Papers from the Foreign Office Confidentiel Print : Cette collection contient les rapports du Foreign Office et du Cabinet britannique, ainsi que les dépêches et les directives de la politique étrangère d'Angleterre envoyés aux Commissaires britanniques à Constantinople et à Bagdad d'une part ; et des rapports, des lettres et des dépêches de ces responsables envoyés à l'attention du Foreign Office, d'autre part.
La différence entre les deux collections est que la première est de nature diplomatique, tandis que la deuxième est de nature de politique étrangère.

Face à l'abondance des sources britanniques, il était difficile de trouver suffisamment de sources d'origine kurde, ceci pour différentes raisons. D'abord, la logique veut que l'histoire s'intéresse au vainqueur, et c'est pourquoi il y a souvent plus de documents sur le vainqueur que sur le vaincu. Les Kurdes ont été vaincus et le Kurdistan n'est pas devenu un Etat apte à conclure des traités, des accords et autres actes diplomatiques pouvant aujourd'hui servir les chercheurs.
Ensuite, le mouvement kurde, dans son ensemble, n'était pas assez bien organisé pour conserver des documents dans des archives centrales. En effet, les Kurdes n'ont pas d'archives nationales.

De plus, dans l'ensemble du Kurdistan et jusqu'en 1972, il n'y avait pas une seule université ni un seul centre de recherche. La plupart des documents politiques importants sur les Kurdes et le Kurdistan étaient déposés à Constantinople. Ces documents ont été brûlés et éliminés comme tous les ouvrages écrits en langue kurde pendant les années de la "turkisation" de la société kurde organisée par Mustafa Kemal dès 1925.

La Ligue Kurde était la principale organisation kurde dès 1924. Nos sources essentielles de la Ligue Kurde sont les mémorandums adressés à la Société des Nations et les publications de la Ligue. Ces mémorandums montrent les appels incessants des Kurdes auprès de la communauté internationale afin que soit reconnu leur droit à l'autodétermination et à l'indépendance nationale.

Notre deuxième source principale kurde est la revue Jin, l'organe officiel de la Ligue du Progrès du Kurdistan. Jin fut publiée à Constantinople sitôt après la guerre en 1918 et se poursuivit jusqu'en octobre 1919. L'importance de Jin réside dans le fait que ces 25 numéros contiennent des dizaines d'articles écrits par les principaux hommes politiques kurdes sur la conduite des Alliés vis-à-vis de l'indépendance du Kurdistan.

Enfin, nous avons trouvé les mémoires de Rafiq Helmi, le Secrétaire du Sheikh Mehmoud, qui est une importante source pour l'analyse de la politique britannique vis-à-vis de l'administration du Sheikh au Kurdistan méridional.
Les mémoires de Djaladet Bedirkhan, un des principaux dirigeants kurdes, sont indispensables à la compréhension de la politique britannique à l'égard des tentatives kurdes pour la création d'un Etat indépendant au Kurdistan occidental.
Par ailleurs, nous avons consulté plus de mille documents des archives de la Société des Nations. Ceux qui sont utilisés ici, sont pour la plupart publiés pour la première fois. Nos sources des archives sont classées dans la Section politique, Classement 11.

Ces archives sont classées dans dix boîtes sous les titres :
Archives sur l'affaire de Mossoul:
Archives de la Commission d'enquête et de la Mission de Laidoner sur l'affaire de Mossoul ;
Archives sur la Constitution d'un Etat kurde ;
Archives sur le problème de la frontière entre la Turquie et l'Irak.
Toutes ces archives sont des sources précieuses pour la compréhension du déroulement de l'affaire de Mossoul à la Société des Nations. Ces documents expliquent les attitudes de l'Angleterre, de la Turquie et des Kurdes vis-à-vis de l'affaire du Kurdistan méridional.

Outre ces sources principales, des dizaines d'autres sources, françaises, américaines et turques ont été consultées. Nous n'en citerons que quelquesunes:
Documents diplomatiques français sur la Conférence de Lausanne, publiés par le ministère des Affaires étrangères ;
Military Mission to Arminia October 1919, American Senat Document:
La question de Mossoul : de la signature du Traité d'Armistice de Moudras, 30 octobre 1918 au 1er mars 1925, édité par le ministère des Affaires étrangères de la Turquie.

Toutes ces sources sont classées à la fin de notre étude.

Méthodologie
En ce qui concerne la méthodologie de cette étude, elle consiste d'abord en la recherche systématique des données historiques; ensuite, l'étude et l'analyse des événements, afin d'en dégager les traits significatifs pour les rendre intelligibles. Les données historiques ont été collectées à partir de sources officielles. Ainsi, nous avons étudié toutes les conférences, tous les traités et accords en relation avec le territoire et le pétrole du Kurdistan pendant et après la Première Guerre mondiale.

Les événements étudiés ont été repris dans la chronologie et selon leur importance dans l'histoire du Kurdistan et dans les relations internationales. Le but fixé est d'apporter des réponses aux questions préalablement posées à l'introduction et, en même temps, de contribuer à la formulation de certains concepts dans la conclusion sur la conduite de la Russie, de l'Angleterre et de la France à l'égard de l'aff aire du Kurdistan. Ainsi, l'élaboration théorique de cette étude se limite au niveau des questions méthodologiques.

Le plan d'étude
Ici, il est question de présenter le plan de cette étude et d'expliquer le contenu de ses sept chapitres.
Tout d'abord, il est utile d'ouvrir cette étude, dans son chapitre I, par une brève présentation sur la place des principautés kurdes dans l'histoire du pays. Ensuite, il est question de l'occupation militaire du Kurdistan par l'Empire ottoman et l'Empire perse, et du statut du Kurdistan sous l'autorité de ces deux empires. Une importance particulière est accordée au Traité d'Erzcroum et aux Protocoles de Constantinople et de Téhéran sur la délimitation de la frontière commune au Kurdistan.

Enfin, la dernière partie de ce chapitre d'introduction est consacrée à l'émergence des intérêts des puissants Etats européens au Kurdistan. La période d'avant-guerre montre comment l'Empire ottoman était en voie de décomposition.
Le chapitre II est dédié à la période de la Première Guerre mondiale. La première partie analyse les causes et les conséquences de la guerre sur le Kurdistan. Cette étude élabore, pour la première fois, une thèse sur les intentions de la Russie dans son occupation du territoire du Kurdistan. De plus, l'étude analyse en détail les objectifs militaires britanniques en Mésopotamie. L'examen de la période de la guerre éclaire les objectifs des Alliés dans les accords secrets. La deuxième partie explique l'élaboration de l'Accord de Constantinople.

Enfin, ce chapitre consacre une très grande importance à l'Accord Sykes-Picot : comment il a été négocié, quels étaient les enjeux diplomatiques, militaires et stratégiques pour chacune des puissances, et enfin quelles ont été les conséquences de cet accord sur le partage de l'Asie Mineure et plus particulièrement sur le Kurdistan. Les rôles des deux personnages clés, Marle Sykes et Georges Picot, y sont explicitement analysés.

Le chapitre III est consacré à la place du Kurdistan dans les relations internationales de l'Armistice en 1918 jusqu'à la Conférence de Londres en février 1920. C'est une période très importante, puisque c'est à ce moment-là que les Alliés concrétisent les objectifs qu'ils viseront pendant la guerre. Le Kurdistan entre dans la diplomatie de l'Angleterre et de la France par le biais de l'affaire de Mossoul. La première partie du chapitre est consacrée à l'étude des discussions entre Lloyd George et Oemenceau sur cette affaire et la deuxième analyse les négociations bilatérales franco-britanniques sur le pétrole du Kurdistan et de la Mésopotamie du Sud.

Enfin, cette partie explique en profondeur, à l'aide de documents précieux, comment l'affaire du Kurdistan a été soulevée lors de la Conférence de Paris. A notre connaissance, c'est la première fois qu'une étude analyse aussi explicitement l'attitude des puissances alliées vis-à-vis de l'aff aire du Kurdistan dans cette conférence intemationale.
Le chapitre IV étudie l'évolution de l'affaire du Kurdistan à partir de la fin de la Conférence de Paris en juin 1919 jusqu'à la Conférence de San Remo en avril 1920. La première partie examine l'attitude de l'Angleterre, de la France et de la Turquie vis-à-vis de la tentative des Kurdes de créer un Etat, tandis que la deuxième partie accorde une importance capitale aux négociations francobritanniques, conduites par Berthelot pour la France et Curzon pour l'Angleterre, sur l'élaboration du futur statut du Kurdistan. L'étude éclaire le rôle personnel joué par Curzon et Berthelot dans l'élaboration de l'attitude de leur Etat à l'égard de l'affaire du Kurdistan, et montre les enjeux de la première Conférence de Londres de février 1920.

Enfin, la troisième partie analyse et donne une vision d'ensemble sur la Conférence de San Remo. Notre analyse s'est concentrée sur la rédaction finale du statut du Kurdistan occidental et du Kurdistan méridional dans cette dernière Conférence. Cette partie analyse aussi les enjeux stratégiques de l'Accord de San Remo sur le partage du pétrole du Kurdistan méridional et de la Mésopotamie entre l'Angleterre et la France.

Le chapitre V examine le Traité de paix de Sèvres d'août 1920 et ses conséquences pour les Kurdes : une tentative d'analyse est proposée sur la validité de la reconnaissance internationale de l'autonomie puis de l'indépendance du Kurdistan occidental. Une comparaison est faite entre le texte de l'Accord tripartite et celui du Traité de Sèvres concernant le Kurdistan.

La deuxième et la troisième partie de ce chapitre sortent de la règle générale du plan et analysent les tentatives des Kurdes pour la création d'un Etat indépendant : la deuxième explique les tentatives des Kurdes pour l'établissement d'un Etat au Kurdistan occidental, tandis que la troisième analyse l'administration du Sheikh Mehmoud au Kurdistan méridional. Dans ces deux parties, l'attitude de l'Angleterre et de la Turquie à l'égard des mouvements kurdes est analysée. Une importance particulière a été accordée au rôle du Commissaire civil britannique, Arnold Wilson, dans la politique britannique à l'égard du Kurdistan méridional.

Le chapitre VI est consacré à la révision du Traité de paix de Sèvres et à son remplacement par le Traité de Lausanne. Premièrement, il analyse comment la Section III du Traité de Sèvres sur l'autonomie du Kurdistan occidental fut éliminée lors de la deuxième Conférence de Londres de février-mars 1921. Deuxièmement, il analyse la Conférence britannique du Caire de mars 1921, comment le plan d'annexion du Kurdistan méridional à l'Irak fut élaboré ainsi que le rôle de Churchill.
Enfin, la troisième partie analyse les enjeux de la Conférence de Lausanne et les négociations turco-britanniques sur l'affaire de Mossoul. Cette partie de l'étude apporte un éclairage sur les rôles de Curzon et d'Ismet dans les négociations, sur leurs tactiques et leurs subtilités diplomatiques.

Le chapitre VII est consacré au rôle de la Société des Nations dans l'affaire du Kurdistan, plus particulièrement dans celle de Mossoul. La première partie explique comment l'affaire de Mossoul a été introduite dans la Société des Nations. La deuxième examine les délibérations de la SDN sur cette affaire; elle étudie le rôle de la Commission d'enquête envoyée à Mossoul par la SDN, et l'avis consultatif de la Cour de justice internationale sur l'affaire de Mossoul, entre autres quelle était la diplomatie britannique suivie pour obtenir la décision de 1a SDN en sa faveur et quelles ont été les conséquences de la décision de la SDN d'accorder le Wilayet de Mossoul à l'Irak.

Enfin, 1a dernière partie de ce chapitre présente les différents engagements anglo-irakiens pour le maintien de l'autonomie administrative du Kurdistan méridional et évalue la mesure dans laquelle ces promesses ont été ou non respectées.

Enfin la conclusion, divisée en sept parties, reprend les idées développées dans chaque chapitre et les élabore en thèses.



Avant la Première Guerre mondiale

1. Les principautés du Kurdistan

Les Kurdes sont issus des Mèdes, un peuple indo-européen. L'histoire des Kurdes sur le territoire du Kurdistan commença aux environs de l'an 1000 avant J.-C. lorsque leurs ancêtres, les Mèdes, s'installèrent autour du lac d'Ourmiyé et dans les environs des monts Zagros. En 800 avant J.-C., le roi Key Kobad (Déôkés-le-Grand) fonda Ecbatane (l'Harnadan actuel) qui devint la capitale de l'Empire mède. Les Mèdes créèrent un grand empire entre 1a mer Méditerranée à l'ouest, la mer Caspienne au nord et le golfe Persique au sud, et y développèrent une civilisation florissante.

Les Mèdes, comme les Perses, étaient de religion mazdéenne, réformée plus tard par Zoroastre aux environs de 600 avant J.-C. Les Mèdes gagnèrent l'alliance de Babylone et conquirent Ninive, capitale de l'Empire assyrien en 612 avant J.C. Mais, en 549 avant J.-C., les Mèdes furent battus par Cyrus-leGrand et demeurèrent sous la domination de l'Empire perse jusqu'à la conquête arabo-islamique.1

Le Kurdistan (Kord-ostan, le pays des Kurdes) devint une province de l'Empire islamique après la domination arabe dès l'année 635. Le peuple ...

1. Une analyse faite par Kamuran Aali Bedir Khan a attiré notre attention sur le passage des Kurdes du zoroastrisme à l'islam: "Pourquoi, après avoir victorieusement résisté à la conquête musulmane, s'être montré farouchement attaché au zoroastrisme, viton soudain le peuple kurde se convertir à l'islam ? L'histoire n'en a pas encore éclairci la cause. Le peuple kurde mit alors son énergie de montagnards el de guerriers au service de sa nouvelle foi. Il lui fut si dévoué qu'il sacrifia à l'idéal universaliste musulman l'occasion de se constituer en Etal national indépendant." "Mémorandum présenté à Paris par la Délégation kurde, le 29 novembre 1948, à M.Trygve Lie, Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies", Bulletin du Centre d'Etudes Kurdes. No.2. Paris, 1948, p.5.

 




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