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Ema Lenge, une femme témoigne sur les massacres au Kurdistan


Auteur :
Éditeur : L'Harmattan Date & Lieu : 2001, Paris
Préface : MultimediaPages : 126
Traduction : | ISBN : 2-7475-1579-6
Langue : FrançaisFormat : 135x215 mm
Code FIKP : Liv. Fra. Yil. Ema. 1130Thème : Général

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Ema Lenge, une femme témoigne sur les massacres au Kurdistan

Ema Lenge, une femme témoigne sur les massacres au Kurdistan

Hüseyin Yildirim

L’Harmattan


Ce récit des victimes kurdes est d'autant plus remarquable qu'il reste empreint d’humanisme, évitant les écueils de la vengeance, de la haine, ou du racisme antiturcs. Les victimes semblent soucieuses de dire, à l’attention des générations futures et de l’histoire, leur vérité, leur version des faits.

Ema Lenge est une contribution très utile à la connaissance des Kurdes, de leur histoire et de leur mémoire collective, et mérite d’être traduit en langues occidentales pour l’information du public s’intéressant aux Kurdes et aux Turcs, et plus généralement à l’histoire des luttes et des mentalités populaires. »

 



Avocat durant treize ans jusqu'à son arrestation en 1981, Hüseyin Yildirim a connu les sinistres geôles du régime d'Ankara pour avoir osé défendre des prisonniers kurdes devant les cours martiales. Il fut relâché onze mois plus tard sous la pression d’Amnesty Internationale et de la Commission internationale des juristes. Avant de quitter son pays, il a demandé à sa cousine Etna de lui raconter sa vie. C’est l'histoire de ce premier livre. Depuis 1982, Hüseyin Yildirim est réfugié politique en Suède.

 



PRÉFACE

Ema Lenge est un récit tiré de témoignages directs sur une période tragique de la province du Dersim.

Juché à flanc de montagnes majestueuses, au cœur d’une région très difficile d’accès, arrosée par le fleuve mythique Mounzour, le Dersim, au fil des siècles, a développé un particularisme socioculturel et un esprit d’indépendance très marqués. Les grands conquérants arabes ou turco-mongols ont préféré contourner ce nid d’aigle et l’Empire ottoman n’y a exercé une souveraineté formelle qu’en lui accordant une très large autonomie. La République turque a observé ce statu quo jusqu’à la fin des années 1930.

Ce n’est qu’après avoir soumis et maté l’une après l’autre les autres provinces du Kurdistan que le régime turc s’en est pris au « problème du Dersim ». Le 4 mai 1937, le Conseil des ministres turc adopta un plan confidentiel d’évacuation de l’ensemble de la population du Dersim et sa déportation vers l’Ouest turc. L’opération était présentée sous le jour de la répression des révoltes locales contre les lois civilisatrices de la République. L’armée turque a utilisé des moyens considérables, y compris l’aviation, pour chasser et massacrer la population kurde autochtone.

La mémoire collective kurde a été très marquée par ces événements dramatiques qui sont encore de nos jours relatés par de nombreux chants et élégies, tandis que l’histoire officielle les occulte et les ignore.

Le mérite de l’auteur est d’avoir recueilli les témoignages des derniers survivants du drame et de compléter ces témoignages par des documents d’archives souvent inédits.

Dans son récit vivant, H. Yildirim, originaire de cette province, restitue aussi avec force détails les mentalités, les croyances, les traditions, le code d’honneur, l’art de vivre et de mourir de cette communauté, à bien des égards singulière héritière de traditions sans doute millénaires, disparues ou altérées ailleurs.

Ce récit des victimes kurdes est d’autant plus remarquable qu’il reste empreint d’humanisme, évitant les écueils de la vengeance, de la haine ou du racisme antiturcs. Les victimes semblent soucieuses de dire, à l’intention des générations futures et de l’histoire, leur vérité, leur version des faits.

En cela, Ema Lenge est une contribution très utile à la connaissance des Kurdes, de leur histoire et de leur mémoire collective, et mérite d’être traduit en langues occidentales pour l’information du public s’intéressant aux Kurdes et aux Turcs, et plus généralement à l’histoire des luttes et des mentalités populaires.

Kendal Nezan

Président de l’Institut kurde de Paris



Avant-propos

Malgré la forme de l’ouvrage, il ne s’agit pas d’une fiction. L’auteur, dans un souci de rigueur, est allé jusqu’à conserver les véritables noms ou prénoms des personnages qui entrent en scène.

Enfant, Ema est l’unique survivante de l’un des nombreux massacres perpétrés par l’armée en 1938 dans le Kurdistan turc. Ce drame la marquera à jamais, dans sa chair comme dans son caractère. Plus tard, elle cherchera à comprendre les enchaînements historiques qui ont rendu possible une telle horreur. A l’âge adulte, le poids des traditions lui semblera un carcan. Elle aura le front d’aimer puis d’avoir un enfant au mépris des conventions sociales.

Avocat durant treize ans jusqu’à son arrestation en 1981, Hüseyin Yildirim a connu les sinistres geôles du régime d’Ankara pour avoir osé défendre des prisonniers kurdes devant les cours martiales. Il fut relâché onze mois plus tard sous la pression d'Amnesty International et de la Commission Internationale des Juristes. Avant de quitter son pays, il a demandé à Ema de lui raconter sa vie et ce qu’elle a entendu de la bouche même des anciens. Elle ne s’est jamais confiée à personne d’autre. C’est l’histoire de ce premier livre.

 

Depuis 1982, Hüseyin Yildirim est réfugié politique en Suède.
Gérard Chaupin



Prologue

L’été 1982

Au beau milieu de cette chaude journée, une brise légère effleure les peupliers de son souffle presque imperceptible, comme un frêle écho du chant de la nature. L’avocat descend du bus qui arrive d’Elazig. Comme il se l’est promis, il s’arrête à l’ombre des arbres, pour contempler le Mounzour. Avant d’aller au-devant de sa mère, il veut se purifier à sa manière, se délivrer de tous ses malheurs, de toute sa haine, de toute sa colère. Il sait que cette rivière a gardé le pouvoir, à travers l’histoire, d’emporter les outrages, les ressentiments, d’effacer le sang versé.

Péniblement, il grimpe le raidillon jusqu’au marché du centre ville. Il est trempé de sueur, ses yeux se ferment, il doit reprendre son souffle. Il s’engage dans les ruelles de son quartier et croise des visages familiers qui ne lui témoignent pourtant aucune marque de sympathie. Personne ne le reconnaît. Il se dit que le régime militaire a rendu les gens craintifs jusque dans leur cœur: «Ils n’ont même pas le courage de me faire un signe, à moi qui sors de prison».

C’est en arrivant près de la maison qu’elle lui apparaît. Comme toutes les femmes kurdes d’un certain âge, une kofi recouvre sa chevelure. Vêtue d’une chemise rouge, d’un pantalon bouffant à dessins, elle semble se diriger vers lui avec hâte. Il accélère le pas pour l’approcher et lui baiser les mains. Mais il a tellement changé que sa propre mère ne le reconnaît pas non plus. Elle ne prête guère attention à lui et poursuit son chemin. Quand ils se rencontrent, il a même la surprise de l’entendre demander: « Dieu te bénisse ! On m’a dit que mon fils était sorti de prison, mais que les autorités l’ont à nouveau arrêté. Sais-tu quelque chose?» Déconcerté, il ne sait que répondre. Un peu plus tard, il a cette idée : «Ton fils est en ville, allons ...

 




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