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Le Crime de Silence


Éditeur : Flammarion Date & Lieu : 1984, Paris
Préface : Pierre Vidal-Naquet Pages : 384
Traduction : ISBN : 2-08-081142-8
Langue : FrançaisFormat : 110x180 mm
Code FIKP : Liv. Fra. Tri. Cri. 208Thème : Général

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Le Crime de Silence

Le Crime de Silence

Gérard Chaliand

Flammarion

Le Tribunal permanent des peuples, qui fait suite au Tribunal Bertrand Russell sur le Vietnam, est un tribunal d’opinion, fondé en 1979. Au cours des cinq années écoulées, il a tenu une série de sessions (Argentine, Afghanistan, etc.).
La session présentée ici, consacrée au génocide des Arméniens, s’est tenue à Paris en avril 1984. Elle comportait trois prix Nobel parmi les juges, dont Sean Mac Bride, fondateur d’Amnesty International, prix Nobel de la Paix.
Organisé et exécuté par le gouvernement Jeunes Turcs en 1915-1916, le génocide des Arméniens, premier génocide du XXe siècle, est toujours nié par les héritiers de l’Etat qui l’a perpétré. Les faits et leur interprétation, y compris les thèses turques, sont ici examinés dans une série de travaux d’une grande rigueur.
Couverture : Ossip Zadkine, La Cité détruite, Rotterdam, 1953. Photo Roger Viollet.
S.P.A.D.E.M., 1984.



EN GUISE DE PREFACE
ET PAR LE POUVOIR D’UN MOT...

Par Pierre Vldal-Naquet
Absent pendant les journées des 13-16 avril, j’aimerais simplement développer quelque peu le message que j’ai adressé à ces assises et qui a été lu lors de la séance ultime.

Ce message, ou si l’on veut ce témoignage — je n’appartiens pas à l’espèce des juges —, est celui d’un historien que l’exemple arménien a toujours fasciné (mes amis A. et L. Ter Minassian et G. Chaliand le savent bien), celui aussi d’un Juif qui ne peut pas ne pas se poser le problème des ressemblances et des différences entre le destin de ces deux étranges groupements humains qui, l’un comme l’autre, ont été victimes d'un crime historique majeur, l’un et l’autre déchirés entre un centre — réel ou fictif — et une périphérie dispersée, l’un et l'autre aux prises avec les idéologues les plus fous, et qui sont parfois leurs propres idéologues, l’un et l’autre tiraillés entre la mémoire qui pèse et l’histoire qui ne parvient pas toujours à délivrer, l’un et l'autre aux prises avec la grande Dénégation...

Les analogies, en effet, sautent aux yeux. Les deux diasporas ont choisi, dans le monde occidental, le modèle bourgeois et commerçant, voire financier. Les Arméniens, peuple de paysans dans les deux zones qui étaient leurs dans l’Empire ottoman du Nord-est — dans l’Arménie historique —, et en Cilicie, les Arméniens étaient, comme les Libanais, des commerçants dans les villes. Exilés, ils ont eu leurs Rothschild qui s’appellent Gulbenkian, et même, en Union soviétique, un Mikoyan pourrait être défini, face à Staline, comme un Arménien de cour. Dans la conscience arménienne d’aujourd’hui, la République arménienne de l’U.R.S.S., si éloignée pourtant du modèle occidental, n’en fonctionne pas moins comme le lieu de l’incarnation nationale. «Les Arméniens ont leur Israël: c’est l’Arménie soviétique. Tous les discours autorisés présentent l’Arménie soviétique comme la Mère-Patrie de-tous les Arméniens. Toutes les observations montrent qu’elle ne joue ce rôle pour les Arméniens de la diaspora que le temps d’un voyage touristique '.» La déchirure ici est plus dite que vécue, en effet, mais n’en est-il pas de même pour les Juifs d'Occident et Israël... ?

Arméniens et Juifs ont des idéologues qui combattent l’assimilation, la «dissolution», l’abandon des valeurs culturelles et nationales. Sans doute l’Arménie soviétique n’est-elle pas une terre de colonisation, voire un lieu de retour. Il y a eu quelques tentatives dans ce sens, après la Seconde Guerre mondiale, qui ont été très mal supportées ; mais un sionisme en quelque sorte-abstrait — car dénué de la moindre chance de s’incarner faute d’empire protecteur — se développe chez certains jeunes en direction de l’Arménie historique, cette autre Palestine.

Mais s’il existe une ressemblance, il existe aussi une-dissemblance et même une opposition radicale, au point qu’on puisse, tout aussi légitimement qu’avec celui des Juifs, comparer le destin des Arméniens avec celui des Palestiniens. Ici, bien entendu, pas de génocide à la clef, à la source, mais une expulsion, un refoulement. Les Arméniens d’Union soviétique, concentrés dans la fraction «russe» de l’Arménie historique, l’œil fixé sur la «neige bleutée» du mont Ararat, «pyramide gigantesque ou temple maya s’élevant de la plaine jusque dans notre ciel1 2», composés pour une large part de réfugies venus de Turquie, ou, maintenant, de leurs descendants, se définissent volontiers par rapport aux terres qui furent les leurs au-delà de cette ligne bleutée, comme les Palestiniens se disent de Jaffa ou de Saint-Jean-d’Acre, de Haïfa ou de Ramleh.

Autrement dit, pour une bonne part de cette population d’Union soviétique, l’analogie qui s’impose est avec les Palestiniens de Jordanie, qui eux-mêmes ont essaimé dans l’Orient arabe, et au-delà, sans perdre leur identité.

Faut-il dans ces conditions s’étonner de l’appui donne à la Délégation arménienne, qui s’efforce de prolonger l’éphémère république qui disparut en décembre 1920 entre les Soviétiques et les Turcs, de l’appui constant donné à ces exiles par l’O.L.P.? La société politique arménienne apparaît donc elle aussi dispersée, déchirée entre une adaptation lente mais sûre aux modèles bourgeois des pays d’accueil et une marginalisation désespérée. Les pays d'accueil ont été — une fois n'est pas coutume — des pays qui ont réellement accueilli. De toutes les communautés étrangères qui se sont établies en France, par exemple depuis le début du siècle, aucune n’a été mieux accueillie, mieux intégrée que la communauté arménienne. Fait rare, la mobilité sociale de cette communauté, le succès de nombre de ses membres n’ont pas créé de réaction véritablement hostile. Ht, à l'inverse, il existe encore chez nombre d’Arméniens un mythe de l’Occident chrétien et sauveur, qui les apparente, par exemple, aux Maronites.

Mais la dimension palestinienne est, elle aussi, présente, celle des organisations terroristes, d’ailleurs diverses entre elles. Et on serait tenté, sommairement, de classer ainsi les générations. La première, celle qui a survécu au grand massacre, a mené un dur travail d’adaptation. Elle a aujourd’hui à peu près entièrement disparu. La seconde a bénéficié des efforts et de l’argent accumulés par la première et a fourni nombre d’assimilés. La troisième est, comme il est classique, en quête de racines, justement parce qu’elle les a largement perdues. C’est elle, principalement, qui fournit les «sionistes» abstraits et les terroristes. Au lendemain de la Première Guerre mondiale le terrorisme fut ponctuel et frappa des individus; lorsqu’il réparait, en 1975, c’est-à-dire deux générations après le massacre il frappe moins des individus que des fonctions. Qu’il surgisse, aussi, au début de la crise économique n’est évidemment pas le-fait du hasard.

Comme le génocide hitlérien a contribué à fixer, voire à figer, l’identité juive, le génocide de 1915, décidé et perpétré par le gouvernement de Constantinople et le mouvement Ittihad (Union et Progrès i, a contribué de façon décisive à fixer, voire à figer, l’identité arménienne. Mais les deux événements sont encore plus qu’étroitement liés l’un à l’autre qu’il n’apparaît immédiatement. D’abord, bien sur, parce que le massacre des Arméniens a pu servir de modèle 3 4; mais il s’agit là d’un phénomène secondaire. Ce qui est important, voire capital, est que le meurtre intentionnel des Juifs (et des Tsiganes; a, par contrecoup, éclairé, défini, dans sa signification même, le massacre des Arméniens comme massacre d’Etat, inaugurant la série déjà large du moderne massacre d’État. C’est la dimension proprement totalitaire du phénomène qui est commune aux deux génocides des Arméniens et des Juifs. Faut-il le dire ou le redire : on n’éclaire ni l’un ni l’autre en parlant d’holocauste.
L’holocauste suppose des prêtres. Ni en 1915 ni en 1943, il n’y avait de prêtres, mais, avec des techniques diverses, des serviteurs de l’ordre totalitaire de deux États-nations5. Cette évidence demeure quelle que soit la crispation peu sereine qui marque, chez les uns et chez les autres, certaines réflexions. Faut-il pourtant le rappeler? Avoir subi une tentative de génocide donne «droit à la mémoire», mais ne donne pas droit à une décoration.

C’est pendant les quatre années qui suivirent l’effondrement des empires centraux et de leurs alliés bulgares et turcs, entre la fin de 1918 et le mois d’août 1923 qui vit la signature du traité de Lausanne, que se constitue, par étapes, le discours turc de dénégation. Autant dire qu’il se constitue comme un sous-produit de l'Etat turc, unitaire et centralisé, créé par Mustapha Kemal.
Le gouvernement du Sultan reconnaît tout d’abord les crimes commis par les responsables du groupe Union et Progrès, l’Ittihad de Talaat et Enver, et les fait condamner à mort, par contumace, devant le tribunal militaire de Constantinople. Les faits paraissent alors établis, les télégrammes chiffrés établissant la responsabilité du gouvernement central sont traduits et lus publiquement7. Mieux, Mustapha Kemal, alors général prestigieux, dépose devant le tribunal militaire en janvier 1919: «Nos compatriotes ont commis des crimes inouïs, eu recours à toutes les formes concevables de despotisme, organisé la déportation et le massacre, brûlé vifs des nourrissons arrosés de pétrole, violé des femmes et des jeunes filles... Ils ont mis les Arméniens dans des conditions insupportables comme aucun peuple n’en a connu dans toute l’histoire.»

Dès 1919, pourtant, une première parade est esquissée, la déportation serait légitime, le massacre non. Bientôt il ne subsistera plus que la déportation.

Après la prise de pouvoir par Kemal, son discours changera de façon radicale. Reelle ou imaginaire, il faut que l’unité du pays turc se fasse. Le problème arménien a été résolu par le massacre et par l’exil ; les Grecs vaincus après s’être follement aventurés font l’objet d’un échange de population qui ne les laisse subsister, provisoirement, qu’à Istanbul, déchue de son rôle de capitale; les Kurdes ne sont plus que des «Turcs des montagnes», ce qui ne les empêchera pas de se révolter en 1925. A Lausanne, Ismet Inonu, adjoint de Kemal-Atatürk, pourra déclarer tranquillement : « La responsabilité de toutes les calamités auxquelles l’élément arménien fut exposé dans l’Empire ottoman retombe ainsi sur ses propres agissements, le gouvernement et le peuple turcs n’ayant fait que recourir, dans tous les cas et sans exception, à des manœuvres de répression ou de représailles, et cela après avoir épuisé toute leur patience.» Autant dire que, dans un pays où s’affrontent des cultures diverses, les majoritaires ont toujours raison, les minoritaires toujours tort. Les Turcs ne sont certes pas seuls à raisonner ainsi. Ce qui se passera ensuite, de 1923 à nos jours, relève de mutations banales dans un discours déjà entièrement constitué, dont chaque section peut être remplacée sans que bouge l’argument fondamental.

Autant dire que l’inexistence du grand massacre des Arméniens, qu’on appellera après la Seconde Guerre mondiale le génocide des Arméniens, deviendra en Turquie une vérité d’Etat, mieux, une vérité nationale, avec une dimension totalitaire, que tous, gouvernants, diplomates, universitaires et même professionnels de l’histoire prendront en charge. La loi de ce genre de discours s’exprime parfaitement dans le witz du chaudron que Nadine Fresco a opportunément rappelé à propos du génocide des Juifs8 et qu’on pourrait transposer ainsi: «Il n’v a pas eu de génocide des Arméniens; ce génocide était entièrement justifié; les Arméniens se sont massacres eux-mêmes ; ce sont eux qui ont massacre les Turcs9.»

Le plus grave est que ceux-là mêmes qui contestent l’ordre social régnant en Turquie reprennent à leur compte cette argumentation nationale en lui donnant une coloration progressiste. Ht, bien entendu, comme dans tous les massacres, il y a dans ces raisonnements des bouts de vérités devenues folles. Aux arguments militaires des uns: les Turcs, en avril 1915, étaient menacés à la fois par les Russes au nord et par les Franco-britanniques, qui, sans le savoir, ont failli percer aux Dardanelles, s'ajoutent les considérations sur l’impérialisme. Les Arméniens, minorité chrétienne, au contraire des Kurdes, étaient effectivement pour une part utilisés comme les Coptes et les Maronites par les impérialismes occidentaux — y compris du reste, à l’occasion, par l'impérialisme allemand — et pouvaient éventuellement accueillir les Russes comme des libérateurs. Cela ne les avait pas empêches, pour autant qu’on le sache, de répondre à l’ordre turc de mobilisation 10 et on ne voit pas pourquoi cette sympathie possible pour l’ennemi pouvait justifier le fait d’embrocher les bébés arméniens. Étaient-ils, ces bébés, complices de l’impérialisme? Mais il y a, on le sait, des génocides que l’on nie, et dont on suggère pourtant, discrètement, qu’ils sont dans le sens de l’histoire11. Le plus grave peut-être est que cette vérité d'Etat a pris une dimension internationale, qu’il s’agisse du paragraphe 30 du rapport des Nations-Unies sur le génocide, consacré aux Arméniens, et rayé en septembre 1978 pour crime de lèse-Turquie, qu’il s’agisse du Département d’État niant, en novembre 1981, l’existence même de ce génocide, qu’il s’agisse d’Israèi cédant aux pressions turques, à l’occasion d’un congrès sur le génocide dans l’histoire, qu’il s’agisse enfin du Tribunal Russel lui-même, qui, en 1967, condamne sous le nom abusif de génocide les crimes américains au Viêt-nam, mais qui, pour donner satisfaction au juge turc, soutenu, au nom de l’islam, par le juge pakistanais, raye le meurtre des Arméniens de la liste des génocides de l’histoire13.

Je ne suis pas suspect d’avoir sous-estimé l’importance du «révisionnisme» historique en matière d’extermination des Juifs. Quand, au lendemain des élections européennes du 17 juin 1984 et du succès remporté par Jean-Marie Le Pen, un journaliste mentionne, parmi les causes de ce succès, la «perte de mémoire» et le «révisionnisme» historique sur le génocide juif'4, je suis tenté de lui donner raison. Tout se passe, en effet, comme si un tabou avait été levé. Cela dit, quelle que soit l’abondance des publications révisionnistes, en Allemagne et aux Etats-Unis surtout, l’internationale révisionniste n’est tout de même qu’une petite bande abjecte qui ne menace pas sérieusement la conscience historique des Juifs dans le monde occidental. Il existe, certes, dans certains pays arabes, un révisionnisme d’État qui relève pour une large part du «racisme de guerre» analysé par Maxime Rodinson, mais aucun pays, même pour des raisons pétrolières, n’a accepté d’adopter une pareille vision de l’histoire. L’Allemagne, elle, a reconnu son crime.

Imaginons alors ce que peuvent ressentir les minorités arméniennes. Imaginons Faurisson ministre, Faurisson président de la République, Faurisson général, Faurisson ambassadeur, Faurisson président de la Commission historique turque, membre du Sénat de l’université d’IstanbulFaurisson membre influent des Nations-Unies, Faurisson répondant dans la presse chaque fois qu’il est question du génocide des Juifs 15 16 l7. Bref un Faurisson d’Etat double d’un Faurisson international et, avec tout cela, Talaat-Himmler jouissant depuis 1943 d’un mausolée solennel dans la capitale.

Que l’Etat où fut commis le meurtre nie l’existence même du meurtre, parvienne à faire partager à beaucoup cette négation, parfois au nom des intérêts bien compris de la diplomatie, et parfois au nom du respect dû à tous les peuples, pose tout de même quelques problèmes aux héritiers des victimes.

Que la fixation sur le génocide, l’obsession de génocide sans que le «travail du deuil» s’accomplisse, comportent aussi un danger, est l’évidence même. L’identité d’un peuple ne saurait se limiter aux désastres qu’il a subis, et, de même qu’il faut protester contre la conception «lacrymatoire» (S. Baron) de l’histoire juive, contre la transformation en une permanente Vallée des pleurs l8, de même les Arméniens les plus conscients savent que leur culture n’est pas faite que de souvenirs affreux, qu’une culture qui se nourrirait du seul génocide serait rapidement une culture morte.

Mais la clef n’est pas, en l’espèce, entre leurs mains.
Il règne entre les Arméniens et les Turcs une étrange, une sinistre dialectique. Les Arméniens peuvent, par le terrorisme, gêner le fonctionnement de l’Etat turc en abattant ses diplomates ou ses ministres. Il ne sert à rien de faire observer, comme le font souvent des gouvernements favorables aux Arméniens, que le gouvernement turc actuel n’est pas responsable des atrocités commises par le comité Union et Progrès. Il est responsable tant que le présent turc acquittera le passé. Il ne dépend pas des Arméniens qu’un chef de gouvernement turc imite un jour le geste fameux, et tant de fois rappelé à ce propos, du chancelier Brandt à Varsovie. La question qui est en réalité posée, et c’est bien pourquoi elle est si difficile, est celle de l’identité même de l’État fondé par Mustapha Kemal, unitaire, voire jacobin, succédant à l’Empire hiérarchique et multinational des Ottomans. Paradoxalement, le destin de la cause arménienne est peut-être entre les mains des Kurdes, des Kurdes qui jadis tuèrent tant d’Armé-niens.

Que viennent pourtant un jour ce geste ou cette parole, et tout deviendra possible, y compris la réconciliation.
«Et par le pouvoir d’un mot, je recommence ma vie...»

1.A. Ter Minassian, La Question arménienne, Parenthèses, Roquevaire, 1983, p. 21.
2.Michel Arien, Embarquement pour l’Ararat, trad. D. Blanchard, Gallimard, Paris, 1977, p. 55.
3. Sur cette date et sa signification, voir Yves Ternon, La Cause arménienne, Seuil, Paris, 1983, p. 192-194.
4.Voir la discussion sur la «petite phrase d’Hitler» dans Y. Ter-non, op. cil., p. 167-169. On sait que Hitler aurait dit, en août 1939: «Qui parle encore aujourd’hui du massacre des Arméniens?»
5.Le fait est naturellement plus évident pour l’Allemagne nazie, puissance technicienne, que pour la Turquie de 1915, mais il ne faut pas oublier que si les exécutants en 1915, étaient le plus souvent des «sous-développés», les gens du comité Union et Progrès, qui avaient renversé Abdul-Hamid II en 1908, étaient des modernistes dont l’avènement avait etc salué comme progressiste y compris par les leaders arméniens.

6. «Arménie: le droit à la mémoire»: c’est le titre du numéro d'Esprit d’avril 1984.
7. Voir sur ce point Y. Ternon, op. cit., p. 174-181 et G. Chaliand et Y. Ternon, Le Génocide des Arméniens, Complexe, Bruxelles, 1983, p. 120-142, à qui j’emprunte plusieurs citations. Sur l’authenticité d’autres télégrammes, d’un tour plus direct, lus à Berlin, en 1921, au procès de Tehlirian qui avait tué Talaat, il y a lieu, pour ne pas dire plus, d’être fort réservé.
8. N. Fresco, «Les Redresseurs de morts», Temps modernes, juin 1980, p. 2111-2180. Le witz peut se résumer ainsi : A est accusé d’avoir rendu à B un chaudron qu’il avait emprunte en mauvais état ; pour sa défense il dit : «Je n'ai emprunte aucun chaudron; il était déjà casse, je l'ai rendu intact.»
9.Les thèses turques sont résumées par Y. Ternon, ou encore par M. Marian, lisant, avril 1984, p. 80-85; on les trouvera exposées avec une parfaite clarté par l'ambassadeur de Turquie en France. M. Adnan Bulak, dans Le Monde du 2 mai 1983 ; la version «scientifique» des dossiers arméniens la plus élaborée, patronnée par la Société historique turque, est contenue dans le livre de Kâmuran Gürun, Le Dossier arménien, s.l., Triangle (,1984).
10.C'est un point qui fait parfois problème dans l'argumentation arménienne, dans la mesure où il existe chez les Arméniens une tradition qui les présente comme des défenseurs, contre l’islam, des valeurs occidentales et chrétiennes; voir par exemple le témoignage de Mme Kilndjan, dans Les Arméniens en cours d'assises, Parenthèses, Roquevaire, 1983, p. 36: «Mon père et mon oncle ont été militaires par force, comme tous les Arméniens.»

11.  R. Marienstras, «Un génocide dans le sens de l’histoire», Être un peuple en diaspora, Maspero, Paris, 1975, p. 205-213.
12.  Adversaire résolu de la guerre américaine au Viêtnam, j’étais alors intervenu auprès de l'un des juges, Laurent Schwartz, pour tenter d'empêcher une qualification qui me paraissait impropre.
13.  A. Ter Minassian, La Question arménienne, p. 8, n. 3 : j’avais recueilli sur ce point le témoignage de L. Schwartz, et c’est de lui que vient le détail sur le juge pakistanais.
14.  E. Plenel, Le Monde, 19 juin 1984.
15.  Voir en dernier lieu son article «Quelques idées simples sur l’antisémitisme», Revue d'études palestiniennes, 1 (1981), p. 5-21.

16.  Ce Sénat a adopté en 1981 une résolution justifiant la déportation des Arméniens et parlant de «calomnie» à propos du grand massacre.
17.  Il existe, parmi les associes de Faurisson, du moins un négateur — par amour de l’islam — du génocide des Arméniens, Vincent Monteil; voir son livre. Les Musulmans d'Union soviétique, 2'éd., Seuil, Paris, 1981, et sa contribution au recueil Intolérable intolérance, éd. de la Différence, Paris, 1981.
18.Selon le titre de l’ouvrage célèbre de Joseph Hacohen d’Avignon achevé en 1560, deux générations après l’expulsion d’Espagne (1492).




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