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Vies des saints musulmans


Auteur :
Éditeur : Aujourd'hui Date & Lieu : 1981, Plan de la Tour
Préface : Pages : 420
Traduction : ISBN : 2-7307-0266-0
Langue : FrançaisFormat : 135x185 mm
Code FIKP : Liv. Fre. Der. Vie. N° 418Thème : Religion

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Vies des saints musulmans

Vies Des Saints Musulmans

Emile Dermenghem

Editions d’Aujourd’hui

Une première version de cet ouvrage avait paru, pendant la guerre, à Alger. Elle concernait les Saints Musulmans du temps des Oméiades et des Abbassides, des VIIIe, IXe et Xe siècles de notre ère. L'auteur a repris cette histoire, l'a poussée jusqu'aux XIIe et XIIIe siècles, l'étendant au Maghreb des Almoravides et des Almohades, à Sidi Abou Madian, patron de Tlemcen, à Sidi Aboû'l Abbas, patron de Marrakech.
Faisant suite à des études d'histoire religieuse sur Joseph de Maistre, Thomas More, Marie des Vallées, à des ouvrages de folklore et d'ethnographie sur les contes maghrébins et sur le culte des Saints en Afrique du Nord, ce nouveau livre d'Emile Der-menghem, plein d'anecdotes savoureuses, d'une haute signification spirituelle, émouvantes ou pittoresques, plaira aussi bien à l'historien qu'à l'homme de goût et au poète.



INTRODUCTION

L’idée de sainteté, une des plus universelles qui soient, se nuance de teintes fort différentes selon les temps et les lieux. Il n’est guère de peuple qui ne place le héros sacré à l’origine de la cité, au principe de sa conservation, au sommet de son idéal. Mais ce saint prend des aspects et revêt des costumes fort divers. A peine différent du sorcier chez les primitifs, il ne se distingue guère du héros ou du sage chez les classiques Grecs et Latins. Il tend à devenir le mystique, dans les cultures brahmaniques ou bouddhiques d’Extrême-Orient comme dans les trois grandes religions monothéistes occidentales. Après avoir servi de truchement aux forces obscures du cosmos pour vitaliser et diriger le groupe, après avoir incarné un idéal d’harmonie ou de sacrifice et de perfection dans la générosité, il devint la fine pointe de l’esprit humain tendue vers la réalité suprême. Toujours il est l’être « élu », « dévoué », « consacré » qui est sorti de la caverne aux fantômes platonicienne, chez qui se concentrent et s’amplifient les forces qui sont à l’extrême pointe de la condition humaine, et qui fait passer le courant divin dans la société et dans le monde.

Le fondateur de l’islam, Sidnd Mohammed (sur lui la prière et la paix !) n’était pas essentiellement un saint, mais un prophète, nabî et un envoyé, rasoûl. Son rôle était, non pas de cultiver sa propre spiritualité, de réaliser un type de perfection mystique ou d’assumer les souffrances des êtres, mais de faire entendre un message objectif, de promulguer une loi formelle et d’organiser une communauté.

Ses compagnons sont naturellement de grands saints vénérés par les musulmans, tout comme chez les chrétiens saint Pierre, saint Paul, saint Jean, saint Jacques et les premiers martyrs. Mais leur rôle d’apôtres et de conquérants l’emporte évidemment sur leur contribution à la vie spirituelle proprement dite, et leur place est plutôt dans une histoire des origines de l’islam ou dans une histoire générale que dans une hagiographie. Les saints des siècles suivants n’ont d’ailleurs pas cessé de se réclamer d’eux. Ils ont trouvé chez certains (Houd-zaifa, Aboû Dzarr, Khozaî, etc.) des traits spécifiques d’ascèse, de renoncement, d’oraison. Plus tard, les confréries se sont efforcées de rattacher au Prophète, par Sîdnâ 'Ali (que Dieu embellisse son visage !), Anas ben Mâlik ou Aboû Bakr (que Dieu soit content d’eux !) la chaîne (silsila) de leurs initiations.

Les cent cinquante premières années de l’Hégire connurent, à côté de guerriers intrépides, de conquérants avides, de grands lettrés profanes, de traditionnistes et de canonistes érudits, de politiques, de poètes, d’artistes qui firent l’éclat de la dynastie Oméyade de Damas, des ascètes, (zouhhâd), des dévots (noussâk, ’oubbâd), des pénitents pleureurs (bakka’oûn), des lecteurs de Coran (qourrâ), qui contribuèrent à donner à l’islam une ardente vie intérieure.
Réagissant aussi bien contre le luxe d’une civilisation brusquement enrichie que contre les sécheresses du formalisme juridique, ils insistaient sur le néant des biens de ce monde proclamé par le Coran, sur la gravité du péché et la menace accablante des châtiments divins, en même temps que sur un abandon parfois presque quiétiste à la volonté d’Allah et la proclamation plus ou moins explicite du primat de l’intérieur sur l’extérieur, de la purification du cœur, sur les rites formels.

Ces spirituels se groupèrent d’abord en deux écoles qui eurent pour centres les colonies militaires arabes de Baçrâ (Hasan Baçri, + 110/728, Mâlik ibn Dinar, -f- 128/746, 1Abdeluâhid ibn 7.ayd, 177/793, fondateur de l’agglomération cénobitique de ’Abbâdân, Râbi'a al 'Adawiya, 185/801, héroïne du Pur Amour) et de Koûfa (Aboû Hâchim, +- vers 160>176 qui porta le premier le surnom de çoûfi, Jâbir ibn Hayyân, l’alchimiste, et d'Abdak al Çoûfi, + vers 210/825, le végétarien). De l’école de Koûfa sortit celle de Bagdad (devenue la brillante capitale de l’empire des Abbassides), qui rayonna dans tout le monde musulman du Proche-Orient, avec les Ma'roûf al Karkhî, les Bichr al Hâfi, les Mouhâsibi, les Sari al Saqathi, les Aboû Hamza, les Noûri, les Ibn 'Athâ, les Soumnoûn, les Chi-blî, et le grand Hosayn ibn Mançour al Hallâj mutilé, décapité, crucifié et incinéré le 24 dzoû’lqa'da 309 (26 mars 922) sous le calife al Moqtadir billah.

Aux confins nord-est de l’empire des califes, dans le Khorâssân, où se rencontraient Iraniens, Turco-mongols et immigrants Arabes, une autre école était née au IIe siècle, avec Ibrâhîm ibn Adham, -(- 160/777, Ibn al Moubârak, + 180/787, Poudhayl ibn 'lyâdh, + 187/803, Chaqîq al Balkhî, + 194/809, Àboû Tourib tl Nakcbabî, + 246/860, Ibn Karrâm, + 211/868, Yabya al Rizi, + 218/872.

Les Khorrassaniens, « compagnons du cœur », comme disait d’eux Jounayd, insistaient sur la pauvreté, la rigueur, l’indifférence à l’opinion. On leur étendait parfois le nom de Malâmatiya, qui était proprement celui des disciples de Hamdoûn al Qaççâr, + 271/881 et des mystiques décidés, non seulement à se passer de l’approbation des hommes, mais même à se servir méthodiquement de la mauvaise réputation et à progresser spirituellement par la voie du blâme (malâm).

Les Bagdadiens, cultivés, raffinés, avaient une prédilection pour la métaphysique, la poésie et la musique et utilisaient systématiquement le concert spirituel (samâ'). On leur donna, dans la seconde moitié du IIIe siècle, le surnom collectif de çoufis (çoufîya), d’abord porté par un groupe d’ascètes de Koûfa, puis étendu au IVe siècle 4 l’ensemble des spirituels de l’Iraq, et qui devait avoir tant de succès qu’on appliqua le substantif taçawwouf, que nous traduisons par çoufisme, à la vie mystique selon les méthodes initiatiques que développèrent par la suite les grands ordres. Ces méthodes furent donc élaborées du II’ au IV' siècle en Egypte, Syrie, Palestine, Iraq, Iran et Khorâssân, et tout spécialement à Bagdad, en même temps qu’était précisée, avec l’aide de la pensée grecque retrouvée, une doctrine métaphysique dont nous trouvons la forme la plus humaniste, équilibrée et rayonnante chez Ghazalî, + 505/1111, en attendant le lyrisme panenthéiste de Jalâladdîn al Roûmi, + 672/1273 et la somme théosophique de lAohyiaddîn ibn 'Arabî + 638/1240, champion de l’unitarisme existentiel.

Les awliya étudiés dans ce livre sont donc les contentporains et les auteurs de cette élaboration, et généralement antérieurs à l’organisation sous leur forme actuelle des ordres religieux et des confréries qui joueront, à partir du "VIIe XIIIe siècle, un rôle si important, et même quelque peu accablant, dans la vie spirituelle de l’islam.

Le choix des personnages pourra sembler un peu arbitraire. Il eût pû être plus étendu. L’on me comprendra pourtant de n’avoir pas eu la prétention d’ajouter au magnifique Hallâj de Louis Massignon, que j’ai si souvent utilisé, ni aux livres de Margaret Smith sur Râbi'a et Mohâsibî, d’al-Badawî, A. Mahmoud, sur Râbi'a, Mohâsibî, Bisthâmi, et d’avoir préféré faire connaître au lecteur français des figures plus difficilement accessibles.

Qu’il me soit permis ici de rendre hommage à M. Louis Massignon, sans lequel il serait bien difficile d’étudier la mystique musulmane, et de remercier le Dr Abdelmalek Faraj, ainsi que MM. Ahmed Bennani, Mohammed el Fasi, Messikh, Mentfakh, Fattal, Lamara, Laurès, pour l’aide qu’ils ont bien voulu apporter à ces recherches.

Qu’il me soit permis aussi de rappeler la part qu’.ont prise, en des temps particulièrement difficiles, à la publication de la première version de cet ouvrage, feu Henri Baconnier et François Bonjean, grand connaisseur de l’islam et de l’Afrique du Nord.

S’il est un temps où les ressources les plus précieuses sont la patience, la résignation et le renoncement, c’est bien le nôtre.

Au bout de dix siècles, nous pouvons être aidés par l’abnégation d’un Ibrâhîm, la subtilité d’un Dzoû’l Noûn, l’élan vers l’essentiel d’un Bayazîd, la rude loyauté d'un Bichr, l’ivresse poétique d’un Soumnoûn et d’un Noûrî, la limpidité d’un Sari et d’un Yobya, la fantaisie libérée d’un Chiblî, l’amour des pauvres d’un Aboû’l’a-bbâs, la sagesse rayonnante d’un Aboû Madian. Que profitent de leur exemple et bénéficient de leur baraka les hommes d’un monde qui souffre d’avoir méconnu que sa racine était dans le monde supérieur des Idées, de l’Amour et de la Gloire ! Que Dieu soit content d’eux et sanctifie leur secret !



Ibrahim fils d’Adham

La conversion d’Ibrâhîm ibn Adham ressemble au Roman de Barlaam et Josaphat qui ressemble à la légende de Bouddha Gautama Cakyamouni. Que faut-il en conclure ? C’est un phénomène bien connu en hagiographie que celui de la prolifération des anecdotes. La légende d’un saint reproduit souvent maint trait de celle de maint autre saint ; non seulement parce qu’elle tend à fondre sa figure en l’image-type du Saint, mais aussi parce qu’aucune localité ou communauté ne désire avoir un patron moins admirable que celui du voisin.

Est-ce à dire que tout trait physique ou moral qui se trouve répété soit nécessairement apocryphe, constitue inévitablement une imitation et un plagiat ? Ce serait limiter singulièrement les possibilités de l’action. De nombreux traits, certes, sont manifestement ou probablement des emprunts, et l’on n’a pas à penser que tous les personnages dont il s’agit aient, comme le veut leur légende plus ou moins dorée, marché de même sur les eaux, volé dans les airs, …




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