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La genèse d’une politique kurde française en Syrie


Auteur : Vahé Tachjian
Éditeur : Tempora Date & Lieu : 2000, Beyrouth
Préface : Pages : 30
Traduction : ISBN : 0250-7668
Langue : FrançaisFormat : 170x235 mm
Code FIKP : Liv. Fre. Tac. Gen. N° 1824Thème : Politique

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La genèse d’une politique kurde française en Syrie

La genèse d’une politique kurde française en Syrie

Vahé Tachjian

Tempora

En 1920, la France a été désignée par les puissances alliées victorieuses de la Première Guerre mondiale pour exercer le rôle du mandat sur la Syrie et le Liban. Durant les opérations de guerre, l’Empire ottoman avait perdu ces deux territoires arabes, qui passèrent sous le contrôle des troupes alliées.
Dès son installation au Liban et sur le littoral syrien, les autorités françaises du Levant se heurtent à deux obstacles principaux qui ont empêchés la consolidation du pouvoir français dans l’ensemble de la Syrie : le régime de l’émir Fayçal et le mouvement national turc, dirigé par Mustafa Kemal.
Par conséquent, en juillet 1920, les troupes françaises déposent par la force des armes le régime de l’émir Fayçal, qui avait établi un Etat arabe dans le territoire syrien et refusait de céder son pouvoir aux autorités françaises. Quant à ses rapports avec la Turquie kémaliste, la France conclut, le 21 octobre 1921, à Ankara, un accord avec les dirigeants nationalistes turcs qui a mis un terme à l’état de guerre, a cédé la région de la Cilicie jusqu’alors occupée par les troupes françaises ...



LA GENESE D’UNE POLITIQUE KURDE
CHEZ LES AUTORITES FRANÇAISES
EN SYRIE DANS LES ANNEES 1920

Vahé Tachjian

En 1920, la France a été désignée par les puissances alliées victorieuses de la Première Guerre mondiale pour exercer le rôle du mandat sur la Syrie et le Liban. Durant les opérations de guerre, l’Empire ottoman avait perdu ces deux territoires arabes, qui passèrent sous le contrôle des troupes alliées.

Dès son installation au Liban et sur le littoral syrien, les autorités françaises du Levant se heurtent à deux obstacles principaux qui ont empêchés la consolidation du pouvoir français dans l’ensemble de la Syrie : le régime de l’émir Fayçal et le mouvement national turc, dirigé par Mustafa Kemal.

Par conséquent, en juillet 1920, les troupes françaises déposent par la force des armes le régime de l’émir Fayçal, qui avait établi un Etat arabe dans le territoire syrien et refusait de céder son pouvoir aux autorités françaises. Quant à ses rapports avec la Turquie kémaliste, la France conclut, le 21 octobre 1921, à Ankara, un accord avec les dirigeants nationalistes turcs qui a mis un terme à l’état de guerre, a cédé la région de la Cilicie jusqu’alors occupée par les troupes françaises aux Turcs et a délimité la frontière entre la Turquie et la Syrie mandataire.

Cependant, un litige frontalier à l’extrémité orientale de ligne de frontière entre la Syrie et la Turquie devint très vite la source d’un conflit entre les autorités mandataires et le gouvernement turc. Or, la dispute territoriale concernait une région qui était essentiellement habitée par des tribus kurdes. Dans ces conditions, les Kurdes devinrent un facteur important que les deux camps opposés dans ce conflit, s’efforcent de l’exploiter à leur profit.

Le litige territorial ne fut réglé qu'en 1930. Durant toutes ces années, les Kurdes de Syrie constituèrent pour les autorités françaises de Syrie le principal moyen d’action contre la Turquie.

Qui étaient-ils les chefs kurdes de Syrie, avec lesquels les autorités françaises furent censées coopérer ? Dans quelles circonstances a-t-elle été née, auprès de l’administration française, l’idée de l’utilisation des Kurdes à des fins stratégiques ? Quelles étaient les motivations politiques des chefs kurdes de Syrie ?

Il est fondamental de connaître les réponses de ces quelques questions afin de mieux saisir les conditions politiques et stratégiques dans lesquelles est apparue la genèse de la politique kurde chez les autorités françaises de Syrie.

I. Les kurdes dans les frontières de la syrie

Conformément à l'accord d’Ankara, la frontière turco-syrienne s’étendit sur une distance d'environ 600 km qui suivait en grande partie la ligne tracée par le chemin de fer de Bagdad. A son extrémité orientale et à partir de la ville de Nissibin. cette frontière se sépare de la voie ferrée et fait une inflexion dans la direction Nord-Est, jusqu’à la ville de Djazirat Ibn-’Umar, où elle rejoint le Tigre1.

Ce tracé arbitraire, négligeant le plus souvent les données géographiques et ethnographiques de toute la zone frontalière, entraîna davantage de complications dans la mosaïque tribale de la région. Plusieurs tribus, le plus souvent kurdes, qui vivaient de part et l’autre de la voie ferrée, se trouvent, du jour au lendemain, divisées par une frontière artificielle. Cette situation allait conduire dans les années suivantes à de graves discussions frontalières. Français et Turcs ont respectivement essayé, comme on le verra, d’employer le facteur kurde, pour régler ces problèmes politiques.

Dans les frontières de la Syrie établies par l’accord d’Ankara et entérinées ensuite par le traité de Lausanne, le 23 juillet 1923, les Kurdes occupaient des zones étroites, tout au long des frontières Nord de la Syrie. Parmi les tribus kurdes habitant en Syrie, il faut citer notamment les suivantes : Alian, Haverkani, Tchitiyé, Pinar Ali, Miran, Mersiniyé, Dakkouriyé, Milliyé (ou Milan), Kikiyé, Hassenan, Barazi2. On y trouvait également des Kurdes yézidis. La présence des tribus kurdes était relativement remarquable et profonde dans la zone située entre la rivière de Khabour et le Tigre. C’était une zone de transhumance saisonnière où les tribus kurdes, en descendant des montagnes du Nord, venaient faire paître leurs troupeaux dans les bassins du Djagh-Djagh et du Khabour. Certaines tribus de cette région avaient adopté depuis longtemps un mode de vie sédentaire ou semi-sédentaire et elles s’étaient mises à la culture de la terre.

Le reste des Kurdes de Syrie qui habitaient notamment entre le Khabour à l’Est et le Kurd Dagh à l’Ouest, étaient issus des migrations forcées effectuées sous le règne des Sultans ottomans. Cette colonisation kurde, dans la zone de séparation entre les montagnes d’Anatolie au Nord et les steppes syriennes au Sud, a débuté au XIVe siècle, avec les conquêtes ottomanes au Kurdistan. L’implantation des tribus alliées des ottomans dans les marges de l’empire avait pour but de protéger les territoires impériaux des attaques de tribus bédouines déclenchées à partir …

1 Shat (Service Historique de l’Armée de Terre, ministère de la Défense, Vincennes),
4H 124, dossier : 1, Traité turco-syrien d'amitié et de bon voisinage, signé à Angora le 30 mai 1926.
2 Rondot, Pierre, Les Kurdes de Syrie, in la France Méditerranéenne et Africaine, 1939, pp. 92-95.




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