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L’empire du Levant : Histoire de la question d’Orient


Auteur : René Grousset
Éditeur : Payot Date & Lieu : 1992, Paris
Préface : Pages : 654
Traduction : ISBN : 2-228-88506-1
Langue : FrançaisFormat : 140x230 mm
Code FIKP : Liv. Fre. Gro. Emp. N° 3427Thème : Histoire

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L’empire du Levant : Histoire de la question d’Orient

L’empire du Levant : Histoire de la question d’Orient

René Grousset

Payot

L’histoire de la question d’Orient ne commence pas, comme on le croit trop souvent, au XVIIe siècle. Pour être intelligible, elle doit aller de la période hellénique à nos jours. Dans cet esprit, René Grousset cherche à suivre l’évolution des frontières — spirituelles et politiques — entre l’Europe et l’Asie.
Ces frontières ont singulièrement varié au cours des siècles. Pour l’Athénien du Ve siècle, elles se situaient entre Milet et Sardes. Avec Alexandre, les frontières de l’Europe, englobant d’un seul coup toute l’Asie antérieure, sont brusquement portées jusqu’au-delà de Samarqand et de Lahore, au seuil de l’Asie centrale et de l’Inde gangétique. A l’époque des rois grecs de Bactriane, vers 150 avant J.-C., la vallée du Caboul se trouve en Europe, comme Antioche et Alexandrie...
Cette conquête politique, cette hégémonie spirituelle de l’hellénisme dans l’Asie proche eurent comme conséquence inattendue la pénétration du monde hellénistique par l’esprit oriental. A partir du IIe siècle de notre ère, les religions orientales s’élancent à la conquête du monde romain. L’Empire byzantin ne sera, à bien des égards, que l'iranisation, au point de vue politique, et la sémitisation, au point de vue religieux, de l’Empire romain et de l’esprit grec. A la pénétration morale de l’Europe par l’Asie s'ajoute, vers le milieu du vue siècle, la grande révolte de l’Asie qu’on appelle l’islam. Byzance va lutter pendant plus de deux siècles contre les invasions arabes... Telles sont les premières étapes de cette histoire de la question d’Orient que René Grousset a entrepris d’étudier dans ce livre qui demeure l’un des plus marquants de son œuvre.


René Grousset (1885-1952), historien orientaliste et conservateur au musée Cernuschi, était professeur a l’Ecole des langues orientales. Payot a récemment réédité L'Empire des steppes et Histoire de l’Arménie.



PRÉFACE

L’histoire de la question d’Orient ne commence pas, comme on le croit trop souvent, au dix-septième siècle. Pour être intelligible, elle doit aller de la période hellénique aux événements actuels.
J’ai cherché dans cet esprit à suivre l’évolution des frontières — spirituelles et politiques — entre l’Europe et l’Asie.

Je définis l’Europe : l’ensemble des pays héritiers de la culture hellénique. La première fois que l'esprit européen prit conscience de lui-même, ce fut en Grèce, au ve siècle avant J.-C. Il se posa en s’opposant aux Asiatiques en ces journées de Marathon et de Salamine qui, en consacrant la liberté de l’Hellade, se trouvèrent avoir assuré pour huit siècles l’indépendance du génie grec, c’est-à-dire l’apparition de l’esprit européen. Depuis lors, la notion d’une Europe n’a cessé de s’élargir et de s’étoffer, sans que, pour autant, la donnée initiale se modifiât trop radicalement. L’empire romain, ce fut l’intégration de la Latinité et, par elle, du monde occidental tout entier à la civilisation grecque. Le christianisme médiéval, ce fut l’accession, à cette même culture, du monde germanique et du monde slave. Les temps plus proches, enfin, représentent le retour de la civilisation ainsi élaborée à ses sources spirituelles, la renaissance de l’esprit scientifique grec dans la science moderne.

Les frontières de l’Europe ainsi définie avec l’Asie ont singulièrement varié au cours des siècles. Pour l’Athénien du Ve siècle, elles se situaient entre Milet et Sardes, la frange littorale des colonies grecques d’Ionie étant comme une armée de débarquement lancée par l’hellénisme à l’assaut de la massive Asie. Avec Alexandre les frontières de l’Europe, englobant d’un seul coup toute l’Asie Antérieure, sont brusquement portées jusqu’au delà de Samarqand et de Lahore, au seuil de l’Asie Centrale et de l’Inde gangétique. A l’époque des rois grecs de Bactriane, vers 150 avant J -C., la vallée du Caboul, où va bientôt s’élaborer une école de sculpture hellénistique singulièrement féconde, se trouve en Europe, comme sont en Europe Antioche et Alexandrie.

Cette expansion ne put se maintenir sur tous les points. Cent ans avant J.-C. la frontière orientale de l’Europe avait reculé de l’Indus à l’Euphrate. Sous les derniers Séleucides, pendant toute la durée de l’empire romain et aux deux premiers siècles de l’empire byzantin, de 129 avant J.-C. à 640 de notre ère, l’Euphrate resta la ligne de séparation entre la civilisation gréco-latine et le monde oriental. Du moins le Proche Orient à l’ouest de l’Euphrate — Asie Mineure, Syrie, Égypte — continua-t-il pendant tout ce temps à être le siège d’une hellénisation ininterrompue.

Mais cette conquête politique, cette hégémonie spirituelle de l’hellénisme dans l’Asie proche eurent comme conséquence inattendue la pénétration du monde hellénistique par l’esprit oriental. A partir du IIe siècle de notre ère, les religions orientales, tant sémitiques qu'iraniennes et égyptiennes, s’élancent à la conquête du monde romain. Au IVe siècle l’appareil même des monarchies orientales est copié par les derniers des Césars. L’empire byzantin ne sera, à bien des égards, que l’iranisation, au point de vue politique, la sémitisation, au point de vue religieux, de l’empire romain et de l’esprit grec. Hâtons-nous d’ajouter que ces influences asiatiques, l’Europe les assimilera largement. La chrétienté s’affirmera l’héritière de la culture gréco-romaine. Sainte-Sophie, puis nos cathédrales continueront le Parthénon ; les imagiers de Reims reprendront la tradition de Phidias. Après la grande crise de conscience du iv6 siècle, l’Europe continuera.

Cependant à la pénétration morale de l’Europe par l’Asie, pénétration qui détermine le caractère principal du Bas Empire, s’ajoute vers le milieu du vne siècle la grande révolte de l’Asie qu’on appelle l’Islam. Du premier coup l’invasion musulmane couvre la Syrie et l’Egypte. Le domaine de l’hellénisme est réduit à l’Asie Mineure. Alexandrie, qui depuis 332 avant J.-C. avait succédé à Athènes comme capitale de la pensée hellénique, cessa, en 643 de notre ère, de faire partie de l’Europe. Les frontières européennes reculèrent brusquement des cararactes du Nil et de l'Euphrate au Taurus.

Pendant plus de deux siècles (VIIe-IXe), les Byzantins luttèrent péniblement pour conserver du moins contre les invasions arabes le plateau d’Anatolie. Luttes obscures mais qui n’en revêtent pas moins pour l’avenir de notre civilisation un intérêt de premier ordre. Que serait-il advenu de l’Europe, si la digue byzantine avait cédé, si la conquête musulmane, au l’eu de n’aboutir qu’en 1453 et quand l’Occident aurait atteint sa majorité, avait réussi dès 673 ou 717 à prendre Constantinople ? Aucune renaissance n’eût été possible, le fleuve européen eût été coupé de sa source grecque.

Du reste, par delà les terres submergées par la marée arabe, un îlot chrétien résistait, l’îlot arménien. A diverses reprises recouvertes par la vague, il finissait toujours par émerger et sous la dynastie bagratide l’Arménie réussit à rétablir son indépendance (885-1045). Terre chrétienne in partibus inftdelium, colonie européenne, fragment de l’Europe aventuré en pleine Asie, elle avait l’immense mérite de tenacement subsister.

Byzance elle-même, un moment réduit à une pénible défensive, était au Xe siècle le siège d’une brillante renaissance militaire et contre-attaquait sur tous les fronts. Contre-attaque qui avec Nicé-phore Phocas, Jean Tzimiscès et Basile II recouvrait la Syrie septentrionale y compris la grande ville d’Antioche, la Mésopotamie édessénienne, voire l’Arménie.
Cette reconquête « romaine » fut néanmoins plus brillante que solide. Au milieu du xie siècle déferla contre elle une seconde invasion musulmane plus grave que la première, celle des Turcs Seldjouqides. Les Arabes n’avaient déshellénisé et resémitisé que la Syrie, la Mésopotamie et l’Egypte. Les Turcs déshellénisèrent et touranisèrent la majeure partie de l’Asie Mineure. En moins de vingt ans, de 1064 à 1081, la péninsule anatolienne devint un nouveau Turkestan, les frontières de l’Europe reculèrent de l’Arménie au Bosphore. Les Turcs étaient à Nicée. 1453 faillit survenir dès 1081.

L’intervention de l’Occident conjura le destin. Pour relayer Byzance défaillante, pour repousser l’Asie des avancées européennes, l’Occident se mit en marche et ce furent les croisades.
Du XIIe au XVe siècle, les peuples occidentaux, en particulier les Français et les Italiens, colonisèrent le Levant, c’est-à-dire (dans l’ordre chronologique) la Syrie-Palestine, Chypre, la partie maritime de la péninsule balkanique, surtout la Grèce continentale et insulaire, même la Crimée. Leur influence se fit également sentir sur le royaume arménien de Cilicie qui tint à honneur d’imiter nos institutions féodales.

Ce fut la première expansion coloniale de l’Occident. Elle eut pour cause au début, puis tout au moins pour prétexte l’élan spirituel des croisades, pour mobiles durables le désir de conquêtes territoriales chez les barons français, l’intérêt commercial chez les républiques maritimes italiennes. Elle s’appuya sur des leviers spirituels puissants, sur des idées-forces agissantes : délivrance du Saint-Sépulcre, réduction des chrétientés «schismatiques » à l’unité romaine. Et sur des forces matérielles non moins vigoureuses : besoin d’expansion d’une jeune Europe renouvelée, d’une chevalerie bouillonnante de sève, ne rêvant qu’épopées, mais épopées profitables ; impérialisme économique et naval de républiques maritimes également débordantes d’activité, capables, plus encore que les barons, de poursuivre de longs desseins et de vastes pensées.

Ainsi soutenue au dénart, l’entreprise réussit. On parla français à Saint-Jean-d’Acre, à Nicosie, à Athènes. On parla italien de la Crète à la Crimée. Des intérêts-économiques en apparence indestructibles rattachèrent les Échelles du Levant à Pise, à Gênes, à Venise, à Marseille et à Barcelone. Une communauté de culture rendit fraternelles nos cathédrales de France et celles de Tortose, de Famagouste ou de Rhodes. Pour un contemporain de Philippe-Auguste ou de saint Louis, nul doute que ce rayonnement spirituel n’ait paru définitif. Nul doute que cette mainmise économique n’ait semblé inébranlable pour un contemporain de Marco Polo ou de Pegolotti.

Pourtant, de cette brillante expansion rien n’est resté. L’Islam ou l’hellénisme ont tout recouvert ou recouvré, et les vestiges de la domination franque ne sont plus qu’un souvenir archéologique (1). Jamais colonisation n’aura été plus complètement balayée. Or cette colonisation représentait le meilleur de l’effort européen pendant plus de trois siècles.
Que s’est-il donc passé ? Comment une première fois l’Europe a-t-elle été chassée des mers orientales ?

Cette Europe médiévale, en apparence si homogène en son catholicisme romain, à première vue si solidement construite sur la double assise de la papauté et du Saint Empire, elle était la division même. Quand elle eut, par l’élan de la croisade et grâce à la maîtrise de la mer, conquis la Palestine et la Syrie maritime, elle y introduisit comme régime politique et social le système féodal le plus rigoureux, système dont les institutions, si on les appliquait au pied de la lettre, vouaient l’État à la paralysie. Et il s’agissait d’une colonie militaire campée en territoire ennemi ! Puis, à l’heure où cette colonie de Terre Sainte aurait eu le plus besoin de renforts, le détournement de la quatrième croisade vint diriger vers d’autres cieux l’expansion franque, disperser de Jaffa et d’Antioche à Constantinople et à l’Elide l'effort, l’intérêt, les colons de l’Occident. Finalement les colons manquèrent partout. Le deuxième empereur latin, Henri de Hainaut, en faisait la constatation pour la Romanie, comme Guillaume de Tyr l’avait faite pour la Terre Sainte.

Non seulement l’Occident dispersa son effort, mais il était divisé contre lui-mêmo. Si la troisième croisade ne réussit qu’à demi, la faute en revient à la rivalité de Philippe-Auguste et de Richard Cœur de Lion. Si la récupération de Jérusalem par Frédéric II fut rendue vaine, ce fut par l’antagonisme des guelfes et des gibelins. Puis, au xive siècle, la France, absorbée chez elle par la guerre de Cent ans, passa la main. L’Orient latin qui, aux xiie-xin0 siècles, avait été un Orient français, devint un Orient italien et subsidiairement aragonais ou catalan. Mais ici encore, divisions et haines inexpiables. Ces républiques italiennes, Venise surtout, avec leur politique commerciale à longue échéance, disciplinées par lè réalisme même de ia pratica délia mercatura, avaient, on l’a dit, plus de suite dans les desseins que les barons dont elles héritèrent. Encore eût-il fallu qu elles ne s’entre-détruisissent point. Or l’empire vénitien de la mer Égée et l’empire génois de la mer Noire n’eurent pas d’ennemis plus acharnés que, respectivement, les Génois et les Vénitiens.

Le résultat fut l’effondrement, pan par pan, de l’Orient latin et aussi de l’Orient byzantin, chacun entraînant l’autre dans sa chute. Au commencement du xne siècle l’Europe, avec son comté d’Edesse, avait en Syrie atteint et dépassé l’Euphrate. Au début du xve siècle elle avait encore, par ses comptoirs génois, poussé ses entreprises jusqu’à l’embouchure du Don, près de Rostov. Or, en 1453 la frontière de l’Europe aura reculé jusqu’au Danube.
Vers 1530 elle passera entre Vienne et Budapest. Bien loin que « nos gens » tiennent, comme naguère, les ports de Syrie ou de Grèce, les pirates barbaresques feront d’Alger la course jusqu’aux côtes de Naples ou de Provence. Les Turcs, ces mêmes Turcs qu’au temps des croisades nos chevaliers avaient relancés jusqu’à l’Euphrate, assiégeront Vienne et Malte.

C’est dire que les croisades ne doivent être considérées ni comme des entreprises de pure idéologie, ni comme des guerres de magnificence. Elles représentent le réflexe défensif, de l’Europe contre la menace asiatique. Au même titre que l’expédition d’Alexandre ou que les campagnes de Trajan contre les Parthes, d’Héraclius contre les Sassanides, elles s'insèrent dans la défense de l’Occident. L’histoire des rapports de l’Orient et de l’Occident est ainsi rythmée par de grands mouvements de flux et de reflux : poussée de l’Asie et son arrêt aux Guerres Médiques ; contre-offensive macédonienne et romaine ; poussée de l’Islam arabe au vne siècle, puis contre-offensive byzantine au xe ; poussée des Turcs Seldjouqides au xie siècle, puis contre-attaque des croisades au xne ; nouvelle poussée des Turcs Ottomans depuis Brousse jusqu’à Vienne du xive au xviie, puis leur reflux définitif jusqu’à Andrinople en 1912.

Remarquons que sous l’appellation de croisades ont été englobées bien des équipées qui n’avaient de la croisade que le nom, j’entends qui ne pouvaient guère se réclamer de la défense de l’Europe. Tel fut le cas pour les diverses expéditions de la Latinité en terre byzantine. Expéditions, avouons-le, regrettables, puisqu’elles n’aboutirent finalement qu’à ' briser la force byzantine (encore fort réelle au xme siècle) sans la remplacer par rien, faisant ainsi dans les Balkans le lit de la conquête ottomane.

Il est vrai que la quatrième croisade et le lotissement, qui s’ensuivit, des terres grecques en seigneuries latines n’étaient qu’une des manifestations du besoin d’expansion coloniale de l’Occident. La preuve en est qu’à peine cette première colonisation européenne était-elle détruite, à peine l’empire ottoman se trouvait-il maître de la totalité des anciennes terres byzantines, l’expansion maritime de l’Europe repartit vers de nouveaux horizons. Les mers de Syrie et de Grèce étaient perdues pour les escadres parties de Gênes ou de Venise ? Les escadres parties de Lisbonne cinglèrent vers l’océan Indien. Vaincue, envahie chez elle par l’Asie, l’Europe, parce qu’elle était restée maîtresse de la mer, tourna l’Asie et la prit à revers. L’occupation de Goa, de Ceylan, de Malacca par les Portugais compensa la chute de Constantinople. Mouvement tournant qui aboutit à une situation bien curieuse, puisque au début du xixe siècle l’Asie commençait encore au sud du bas Danube, tandis que l’Europe contrôlait déjà tout l’océan Indien.

L’histoire des rapports Orient-Occident que j’ai tenté d’esquisser dans le présent volume comprend naturellement quatre parties. On a d’abord montré quel fut le legs de l’Antiquité et ce qui. à l’avènement de l’empire chrétien, vers 323, subsistait des résultats de la conquête alexandrine. On a ensuite étudié l’histoire de la question d’Orient sous ses trois aspects successifs : solution byzantine (ou arabo-byzantine) au haut moyen âge, solution franque du XIIIe au xve siècle, solution turque à partir de 1360 et surtout de 1453.

Je tiens, en terminant, à bien spécifier que le présent ouvrage ne saurait comporter à l’égard des cultures extra-européennes aucun préjugé défavorable. Les peuples musulmans en particulier ont donné au monde des civilisations trop hautes pour qu’un esprit impartial puisse jamais avoir contre eux pareille tendance. J’exprime toute ma reconnaissance à mon savant confrère, M. Jean Longnon, qui a bien voulu, en me faisant bénéficier de travaux en partie inédits, me signaler diverses améliorations et corrections dont j’ai pu faire profiter l’édition présente.

1) La Syrie franque'a duré de 1098 à 1291, la domination latine en Chypre de 1191 à 1571. Pour la Grèce continentale, la domination franque, apparue après 1201, a achevé d?. disparaître en 1458 (l’Acropole d’Athènes enlevée par les Turcs au dernier duc florentin).



Première Partie
Le Legs de l'Antiquité

Chapitre Premier
L’hellénisme Et La Question D’orient

1. La conquête hellénique
Le panhellénisme et le monde perse

La Question d’Orient est le problème des rapports de l’Europe et de l’Asie. Problème politique qui périodiquement s’est tranché sur les champs de bataille. Problème culturel qui tantôt aboutissait à l’élaboration de quelque syncrétisme religieux, tantôt s’exaspérait en guerres de religion. Comme l’a bien remarqué Hérodote, l’opposition de l’Europe et de l’Asie est pour la première fois apparue avec netteté lors des Guerres Médiques (490-469). L’Asie Antérieure tout entière, du Bosphore à l’Indus, venait d’être unifiée dans l’empire perse achéménide. De son côté, l’hellénisme, préfiguration et virtualité de toute la culture européenne, prenait conscience de lui-même (1). Ce sont tous les peuples du vieil Orient, des Égyptiens et des Lydiens aux Indiens et aux Saka, que Xerxès traînait après lui à l’assaut delà Grèce (2). Et c’est l’Orient tout entier que les Grecs mirent en déroute aux champs historiques de Platées (479). L’accord de Callias, qui mit pratiquement fin aux
Gerres Médiques (449), libéra de la domination perse les cités grecques du littoral ana-tolien, du Bosphore à la Carie. Grâce à l’expérience que valut aux Grecs l’expédition des Dix
Mille (401-400), le roi de Sparte Agésilas entreprit même la conquête de l’Anatolie occidentale (396-394), mais cette tentative, qui annonce celle d’Alexandre, échoua devant de nouvelles guerres fratricides entre Hellènes (3). Comme conséquence de ces divisions, l’hellénisme subit bientôt un sensible recul, puisque, par le traité d’Antalcidas, il dut rétrocéder à la Perse toute la Grèce d’Asie (387-386).
Le traité d’Antalcidas fut ressenti par l’hellénisme comme une …

(1) Hérodote, 1. VIH, c. 144.
(2) Hérodote, 1. VU, c. 61-99.
(3) Xénophon, Helléniques, 1. III, c. tv, et 1. IV, c. i ; Xénophon, Agésilas, c. I ; Diodore de Sicile, I. XIV, c. 79-80.




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