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Moustapha Barzani Dans L’histoire Du Kurdistan


Auteur :
Éditeur : Université de Paris X Date & Lieu : 1995-10-01, Paris
Préface : Pages : 442
Traduction : ISBN :
Langue : FrançaisFormat : Moustapha - Barzani - Dans - Histoire - Kurdistan
Code FIKP : Liv. Fre. Aym. Mou. N° 1736Thème : Thèses

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Moustapha Barzani Dans L’histoire Du Kurdistan

Moustapha Barzani Dans L’histoire Du Kurdistan

Olivier Aymar

Universite de Paris  X

Les Kurdes qui étaient tout le temps en état de rébellion, à aucune période, n'ont eu l'occasion de s’occuper pleinement du développement de la vie socio-économique de leur société. C'est pourquoi celle-ci est restée pendant longtemps une société tribale où les chefs religieux et les propriétaires terriens détenaient toujours les commandes. Ainsi, cette tradition de passage de pouvoir « du père au fils » continua jusqu'aux années 60 du XXe siècle, en dépit de l'expansion des idées libérales et démocratiques partout au Kurdistan. Et, c'est en plein développement de ces idées que Moustapha Barzani, étant issu d'une tradition tribalo-religieuse, est parvenu ...




INTRODUCTION

Les Kurdes qui étaient tout le temps en état de rébellion, à aucune période, n'ont eu l'occasion de s’occuper pleinement du développement de la vie socio-économique de leur société. C'est pourquoi celle-ci est restée pendant longtemps une société tribale où les chefs religieux et les propriétaires terriens détenaient toujours les commandes. Ainsi, cette tradition de passage de pouvoir « du père au fils » continua jusqu'aux années 60 du XXe siècle, en dépit de l'expansion des idées libérales et démocratiques partout au Kurdistan. Et, c'est en plein développement de ces idées que Moustapha Barzani, étant issu d'une tradition tribalo-religieuse, est parvenu à imposer son autorité sur les porteurs de celles-ci et a édifié son œuvre que nous tâcherons de détailler tout au long de ce travail.

D'autre part, nous pouvons dire quelle était la force de ce personnage pour régner pendant plus d'une vingtaine d'années sur le paysage politique d'une partie du Kurdistan ? Etait-il un politicien habile ? était-il un diplomate ? était-il un héros national ? ou était-il un chef de tribu ? Par ailleurs, pourquoi ne pas vouloir traiter un autre personnage kurde que Barzani ? Il est vrai que l'histoire kurde au cours de son évolution a engendré un grand nombre de chefs insurrectionnels, mais il existe deux points essentiels qui séparent Moustapha Barzani des autres chefs kurdes :

1)- Comme nous verrons au cours de cette étude, contrairement aux autres chefs kurdes, Barzani obtint l'unanimité des Kurdes autour de sa personne,

2)- Barzani a déclenché son mouvement au moment où dans les quatre parties du Kurdistan il régnait un silence total.

Certes, tout au long de cette étude nous essayerons d'apporter des réponses appropriées à toutes les questions posées, niais néanmoins il est nécessaire que nous analysions brièvement certains aspects de la société kurde afin de mieux apprécier le rôle de Moustapha Barzani dans l'histoire du Kurdistan.

I- L'aspect géo-physique
Il est fort difficile de donner des précisions exactes sur les limites territoriales du Kurdistan de l’Antiquité et du Moyen Age. En revanche, grâce aux recherches effectuées depuis le début du XXe siècle, par des Kurdes eux-mêmes ainsi que par certains occidentaux, le pays est mieux connu. C'est ainsi, qu'en partant de ces recherches, le Kurdistan se trouve limité, à l'Ouest par les chaînes du Taurus, à l'est par le Zagros iranien (le Zagros est en forme d'arc, sa longeur atteint 1800 km sur environ 250 km de large avec des points culminants de 4000 à 4500 mètres), au nord par le mont Ararat et au sud pâlies plaines de la Mésopotamie. Le pays des Kurdes forme ainsi « l'épine dorsale du Movent-Orient. Situé en plein cœur de l'Asie Mineure...¹ »

Les chaînes montagneuses du Taurus et du Zagros rendent la circulation très difficile, notamment lors de la transhumance des nomades qui effectuent des déplacements saisonniers entre les pâturages d'été et d'hiver. Ces chaînes pénètrent dans les montagnes du Kurdistan et se ramifient, formant ainsi des cantons montagneux isolés et d'un accès difficile.²

Avec une superficie d'environ 530 000 km2, le pays des Kurdes a un climat très rigoureux. La neige ne quitte presque jamais les sommets, les hivers sont pluvieux et froid, les étés sont longs et chauds. Les pluies tombent de novembre à avril.

Sur le plan physique aussi, le pays a des caiactéiistiques qui lui sont propres. Il abrite en son sein des sommets atteignant plusieurs milliers de mètres : le grand Arafat dépasse les 5000 mètres, le mont Djudi atteint 2000m, le Nemroud Dagh 3200m et le Sipan 3500 mètres.

Les deux fleuves bibliques, le Tigre et l'Euphrate prennent leur source en plein cœur du Kurdistan. Avec leurs affluents, ils arrosent plusieurs vallées fertiles du pays (Ourfa, Diaibékii, Djézireh, Mouche) avant de se jeter dans le golfe Persique, par un détroit commun.

Les conditions de vie des habitants du pays sont fortement influencées par ce milieu. «Cette région, subdivisée en tant de cantons fermés, en vallées et en cuvettes élevées et d’accès difficiles, est presque privée de moyens de communications. On peut dire que chaque village constitue un monde autonome, se suffisant à lui-même, et cela a contribué à maintenir séparés les groupes de population, les contraignant à l'isolement et à un attachement fanatique à la tribu qui, à la longue, ont influencé leur nature.³»

Les deux grandes voies de P Antiquité, la route de la soie et la route Royale, passent également par le Kurdistan. Ces deux routes qui sont tracées pour effectuer des échanges commerciaux, relient l'Extrême-Orient à l'Arabie. Puis de là, les commerçants et les voyageurs prenaient la mer pour Rome. La première de ces voies existe depuis le Ier millénaire av. J.C., et la deuxième, 500 ans av. J.C. Ces routes qui partent de la Chine, en traversant l'Asie centrale, l'Inde, la Perse, l'Asie mineure et Palmyre (en Syrie), sont fractionnées en nombreux caravansérails,* (environ une bonne centaine.) Un voyageur qui part de la Chine, met environ trois mois pour arriver au port de Tarabzon (en Turquie).

II- Les principales ressources économiques du pays
Bien que le pays abrite du pétrole, des gisements de houille, de minerai de fer et de cuivre, la société kurde reste une société pastorale et agricole. Au début des années 1880, Henry BinderO note que «le pays est fertile et un peu cultivé ; à de grandes étendues incultes succèdent de grands champs dont la moisson est faite et qui de loin se confondent.⁴» A partir du début du XXe siècle la surface cultivée du pays augmente : les cultures du riz, du tabac, du blé et de l'orge sont abondantes. La vigne produit de l'excellent raisin dont les espèces sont nombreuses. Les vergers sont remplies en quantité d'abricots, de pommes, de poires, de prunes, de pêches et d'amandes. Dans les potagers «on cultive des pommes de terre, des pois chiches, des oignons, des fèves, de l'ail, des aubergines, des melons, des courges et des pastèques. On récolte aussi les noix et les baies des frênes.⁵»

L'élevage de bétail en général, et l'élevage du mouton en particulier, est considéré comme une des grandes ressources du pays, avec la laine, les peaux, le lait, le beurre et le fromage. Il y a également la richesse de sous-sol : les gisements de houille dans la région de Zakho (au Kurdistan d'Irak), le cuivre d'Ergani, Palu, Van (au Kurdistan de Turquie), et Akra (au Kurdistan d’Irak), le minerai de fer de Maden, Kigi, Keskin (au Kurdistan de Turquie) et de la région d'Amadia (au Kurdistan d'Irak), Du plomb argentifère près de Maden, dans la région de Van (Kurdistan de Turquie), enfin les réserves de chrome, et surtout de pétrole : le pétrole de Mossoul, de Kerkuk (au Kurdistan d'Irak) et de celui de Garzan, Batman et Ramandagh, dans le département de Siirt, en Turquie. Le pétrole du sud-ouest iranien et celui de la Syrie est également kurde.

III- La langue

La langue kurde est considéré comme une « langue indo-européenne, du groupe nord-ouest des langues iraniennes. »⁶ Toutes les recherches effectuées jusque-là dans ce sens confirment, plus au moins, cette thèse. Cependant, en raison de leur expansion à travers tous les continents, il est fort difficile de pouvoir classer les langues indo-européennes. En revanche, ces langues qui se sont enrichies avec celles des envahisseurs, auraient pour point de départ l'Arven, employé en Inde du nord. Il existe cependant, deux types de ces langues :

a) - Le type ancien qui englobe : hittite, sanskrit, iranien ancien, grec ancien, latin.

b) - Le type moderne (ap. J.C.) : roman, germanique, celtique, iranien.
L'arya qui est dérivé d’Eran, Iran, est ainsi défini : « Bien avant l'ère chrétienne la famille indo-européenne était présentée en deux groupes : l’indien et l'iranien. Ils ont une linguistique très proche qui fait qu'on les réunit souvent sous le nom Aryen.⁷ »

L'auteur kurde, le Dr. Chukru Mehmet Sekban⁸ affirme qu'«il est évident que la langue kurde est indo-européenne. A en croire les auteurs dignes de foi sur ce sujet, les Mèdes, peuple …

1- Thomas BOIS : ‘Connaissance des Kurdes’, p.l. Ed. Khayat, Beyrouth 1965, 164p.

2- Michèle CAUSSE et Nicole MARION : ‘Le monde par l'image : Sur les traces des derniers nomades’, p. 116, Ed. Hachette, 1962, 190p.

3- Michele CAUSSE et Nicole MARION, p. cit. p. 118.
*- Un caravansérail est un bâtiment ; une grande cour carrée à l'intérieur et tout autour, comme creusées dans l'épaisseur d'un mur énorme, des cases à un mètre du sol, large d'environ deux mètres, profondes de quatre et hautes de trois. Tous les caravansérails sont à peu près pareils ; quelques uns ont un étage ; les chambres du premier ferment avec des portes ; les voyageurs, qui emportent tout avec eux: lits, cuisine, etc., se logent dans une des niches où ils se trouvent aussi confortablement installés que nous, dans nos meilleurs hôtels européens. Henry BINDER : ‘Au Kurdistan, en Mésopotamie et en Perse.’ p.83, Paris, maison Quantin, 1887, 453p.
(*)’- C'était un missionnaire français qui avait effectué un voyage au Kurdistan en 1883.

4°- Henry BINDER, op. cit, p. 211

5"- Henry BINDER, op.cit, p.3 51

6- Dossier du Kurdistan : p. 6 : Têkoser (publication kurde, publiée en Belgique), mars 1988, 131p.

7- Motamed Hachemi BEHROUZ : ‘Les mouvements kurdes en Iran : insurrection d'Ismaïl Ahga, 1918-1930.’ p. 34 Thèse de doctorat de 3e cycle, Paris VII, 19S9, 390p.

8- Homme politique kurde, né en 1870. Originaire de Diarbékir, médecin de formation, membre du Comité pour le relèvement du Kurdistan, et, après l'échec de la révolte kurde de 1930, dont nous parlerons dans les pages suivantes, il se réfugie à Paris où il écrit un livre : “La question kurde”. Publié en 1933. Autorisé à retourner en Turquie en 1933 où il mourut en 1937.

 




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