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Les Yezidis de Syrie et du Djebel Sindcar


Auteur : Roger Lescot Multimedia
Éditeur : Librairie du Liban Date & Lieu : 1975, Beyrouth
Préface : Roger Lescot MultimediaPages : 280
Traduction : ISBN :
Langue : FrançaisFormat : 165x235 mm
Code FIKP : Liv. Fr. Gen 392Thème : Histoire

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Table des Matières Introduction Identité PDF
Les Yezidis de Syrie et du Djebel Sindcar

Enquête sur les Yezidis de Syrie et du djebel Sincār

De race et de langue kurde, les Yezidis sont dispersés, dans toute l'Asie Mineure, mais c'est en Iraq que se trouvent leurs groupements les plus importants, celui du Cheikhan, centre religieux de la secte, au N. E. de Mossoul et, surtout, celui du Sindjār, à l'Ouest de cette ville. La collectivité est, en outre, représentée en Turquie. (Aux environs de Diarbekir, de Sert et de Van, ainsi qu'au Bohtan et clans le caza de Biredjik), en Iran (village de Djabbārlū, près de Tabriz), en Arménie soviétique et, enfin, en Syrie (en Haute Djeziré et clans le Djebel Sim ‘ān). On peut estimer que les Yezidis représentent un total de 40. 000 à 60.000 individus....


INTRODUCTION

De race et de langue kurde, les Yezidis sont dispersés, dans toute l'Asie Mineure (1), mais c'est en Iraq que se trouvent leurs groupements les plus importants, celui du Cheikhan, centre religieux de la secte, au N. E. de Mossoul et, surtout, celui du Sindjār, à l'Ouest de cette ville. La collectivité est, en outre, représentée en Turquie. (Aux environs de Diarbekir, de Sert et de Van, ainsi qu'au Bohtan et clans le caza de Biredjik), en Iran (village de Djabbārlū, près de Tabriz), en Arménie soviétique et, enfin, en Syrie (en Haute Djeziré et clans le Djebel Sim ‘ān). On peut estimer que les Yezidis représentent un total de 40. 000 à 60.000 individus (2).

La répartition géographique de la communauté est en partie cause des difficultés auxquelles on se heurte au moment d'en entreprendre l'étude. Jusqu'à présent, très peu d'Européens se sont trouvés en relations avec les «Adorateurs du Diable »; les rares voyageurs qui sont allés sur les lieux l'ont fait sans préparation suffisante, ou sont passés trop ra- pidement pour rapporter des matériaux solides (3).

La longue liste des articles et des ouvrages consacrés aux Yezidis contient surtout des travaux de seconde main ; on est dérouté par les contradictions et les invraisemblances dont fourmillent la plupart de ces publications. Les auteurs ont, en général, utilisé indifféremment tous les renseignements qu'ils avaient rassemblés, exacts ou mensongers, faute de pouvoir les contrôler. Comme toujours, en pareil cas, ce sont les erreurs qui trouvent le plus de crédit : telle méprise commise par un érudit est reproduite par presque tous ceux qui écrivent après lui, alors que les détails justes que contenait son étude sont passés sous silence.

Les textes orientaux ne permettent pas de suppléer à r insuffisance des sources européennes. Les Yezidis ignorent, pour la plupart, l'usage de l'alphabet (4) et toutes leurs traditions religieuses sont transmises oralement (5). On possède cependant quelques opuscules qui sont censés représenter la littérature sacrée de la secte: les deux plus importants sont le Kitab el Djilwa (Livre de la Révélation) et le Mishefa Reş (Livre Noir). Tous deux semblent avoir été connus des Yezidis à une époque assez ancienne (6), pourtant à l'heure actuelle, aucun, de ces derniers n'est informé de l'existence de ces ouvrages autrement que par ouï dire. Ces prétendus livres saints ont été reproduits très souvent, niais chaque fois avec de telles variantes que l'on peut, à bon droit, douter de l'authenticité de leur contenu (7). Nous pensons, avec Mingana (8), qu'ils sont l'oeuvre de faussaires chrétiens de Haute Mésopotamie (9). Ils ne sont pas, néanmoins, dépourvus d'intérêt, leurs auteurs n'ont rien inventé et se sont bornés à transcrire, sans trop les modifier, des légendes qu'ils avaient recueillies.

Certains érudits font également grand cas d'une pétition rédigée en 1872 (10) et dans laquelle les notables du Cheikh« exposaient au gouvernement ottoman les raisons pour lesquelles leur religion leur interdisait de servir dans l'armée turque. On oublie que, destinée à attendrir les autorités, cette supplique renferme des exagérations (11) qui lui font perdre toute valeur documentaire.

Le seul écrit yezidi dont l'authenticité demeure incontestable est le petit livre d'Isma'îl beg Çol (12). Il semblerait que l'on puisse faire fond sur cet ouvrage. Malheureusement, il demande à être utilisé avec de très grandes précautions, n'étant, malgré les matériaux précieux qu'il fournit, qu'un tissu de contradictions. En outre, l'auteur a eu connaissance d'articles sur la secte édités dans des revues arabes ; il a naturellement accepté toutes les erreurs qu'ils contenaient et les a fidèlement reproduites (13).

Nous ne pouvions donc nous en remettre entièrement aux travaux de nos devanciers. Nous nous sommes fait une règle de ne tenir compte, pour l'étude du Yezidisme moderne, que des observations que nous avons personnellement recueil- lies et des témoignages dont nous avons vérifié l'exactitude, préférant omettre quelques détails véridiques, plutôt que spéculer sur des renseignements trompeurs.

Nous ne prétendons pas avoir, grâce à cette méthode, épuisé le champ des recherches possibles. En effet, l'enquête sur le terrain est délicate et, souvent, décevante. Ce n'est pas, comme on l'affirme d'ordinaire, que les Yezidis fassent mystère de leurs croyances ; bien au contraire, une fois mis en confiance, ils parlent volontiers, fiers d'instruire un interlocuteur qu'ils tiennent pour généralement plus expérimenté qu'eux-mêmes. Mais, d'une incroyable lourdeur d'esprit, ils comprennent mal les questions qu'on leur pose et y répondent sans exactitude ni précision ; ils n'ont, en outre, qu'une connaissance très imparfaite de leur propre religion. De nombreux entretiens avec des individus appartenant à toutes les castes nous ont permis de constater combien les membres de la secte se soucient peu des problèmes de l'audelà. «Ce monde va comme Dieu le veut, pourquoi chercher à pénétrer les mystères de la création, alors que l'observance de quelques prescriptions suffit pour que l'on soit en règle avec les puissances célestes?». C'est à peu près ce que répondent les Yezidis, lorsqu'on s'étonne de leur ignorance.

Le mémoire que nous présentons ici est le résultat de deux enquêtes effectuées au cours de l'année 1936. Au mois d'Avril, un voyage en Haute Djeziré nous permit d'entrer en contact avec les Yezidis du Djebel Sindjār : un certain nombre d'entre eux avaient quitté l'Iraq à la suite du soulèvement de 1935 et se trouvaient alors réfugiés en territoire syrien, à Hassetché. Nous recrutâmes également quelques informateurs parmi les membres des deux tribus Semmoqa et Xîran qui, ayant franchi la frontière, campaient sur les rives du lac de Xatûnîyé. Un concours de circonstances défavorables nous empêcha, malheurèusement, de quitter le territoire syrien pour aller visiter le.Sindjār.

En Novembre, un séjour de trois semaines à 'Azāz, suivi d'une longue randonnée à cheval nous fournit l'occasion d'étudier les Yezidis du Djebel Sim'ān et de parcourir leur pays.

Ce volume comprend quatre parties. La première est un exposé des origines du Yezidisme, de son dogme actuel et de l'organisation religieuse qu'il impose à ses adeptes. Dans la seconde, nous avons retracé l'histoire de la secte d'après les documents arabes réunis par Ahmad Taymūr et par 'A. 'Azzāwī et en utilisant les renseignements, inexploités jusqu'à ce jour, que fournit le ,Şeref Name(14). Les deux dernières sections de notre livre sont consacrées à la vie sociale et politique des communautés Yezidies du Sindjār et de Syrie.

Nous avons, on le voit, laissé en dehors de nos investigations le groupement le plus important, celui du Cheikhan. Malgré cette grave lacune, nous avons tenu à réunir dès à présent les résultats de nos recherches, ne sachant si le sort nous permettra jamais de faire le pèlerinage de Şêx Hadi.

Au moment de mettre cet ouvrage sous presse, nous tenons à remercier tout particulièrement MM. Louis Massignon professeur au Collège de France, Robert Montagne, Directeur de l'Institut Français de Damas et Jean Sauva get, professeur à l'École des Hautes Études, dont les conseils nous ont été précieux au cours de nos recherches ; M. Virolleaud, qui a bien voulu accepter de présenter un rapport sur ce mémoire au Comité Directeur de l'École des Hautes Études ; l'Émir Celadet Ali Bedir Xan, M. le Capitaine Rondot, de Boucheman et Verdier, MM. les Lieutenants Aymé, Chapotot, Ferry et Lohéac, dont l'amabilité a grandement facilité notre tâche au cours de nos tournées ; M. Kh. Moaz, à qui nous devons les croquis qui illustrent ce livre.

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R. Lescot — Enquête sur les Yezidis — 1

(1) Cf. Carle I.

(2) Voici quelques chiffres. Iraq (recensement de 1923) : 26.257, ce qui nous semble inférieur à la réalité, puisque, d'après notre propre évaluation, les seuls Yezidis du Sindjār compteraient environ 23.000 âmes ; Arménie Soviétique (recensement de 1926): 14.522 (depuis, le nombre des Yezidis d'Arménie se serait sensiblement accru); Iran : quelques centaines (EI); Syrie : de 3.000 à 4.000.

(3) Les voyageurs dont les récits contiennent les détails les plus exacts sont Michel Febvre, Layard et Siouffi.

(4) En principe, seuls les membres de la famille de Şê Hesen ont le droit de lire et d'écrire ; cet interdit n'a aucune valeur aux yeux des quelques notables qui ont acquis un peu d'instruction, et l'on voit, de nos jours, les Yezidis réclamer des écoles.

(5) Elles comportent quelques légendes du genre de celle que nous publions plus loin. Les qewal du Cheikhan connaissent des cantiques kurdes qu'ils chantent aux fêtes de sêx Hadî.

(6) Cf. ci-dessous, Annexe I. Le Math el Djilwa rappelle par son titre un traité composé par Šeykh Hasan ibn 'Adī, l'un. des saints de la secte (Kitāb el djilwa li erbāb el khalwa) et le Mishefa Reş, fait songer au Kitāb el habasī dont il est question dans le document que nous publions.

(7) Cf. Furlani, Testi religiosi sui Yezidi ; Anastase Marie, La découverte récente des deux livres sacrés des Yezidis ; Anastase Marie, el Yāzīdiyya; 'Abbās 'Azzāwī, Tā’rīkh el Yazīdiyya; Isma'il beg Çol, el Yazīdiyya qadīman wa hadithan, etc. Ces livres contiennent, en outre, des phrases que jamais un Yezidi ne consentirait a écrire; on lit, par exemple, dans le texte du Mishefa Reş (cf. 'Azzāwī ; op. cit., p. 191) : « il est interdit de prononcer le mot « Šeytān », car c'est le nom de notre divinité ».

(8) Cf. Mingana, Sacred books of the Yazidi, ainsi que Devil worshippers, their beliefs and their sacred books.

(9) Le texte que donne Isma'îl beg de ces livres est celui que contient un manuscrit très moderne, conservé dans la bibliothèque d'un monastère des environs de Mardin. L'Emir les y copia durant un séjour qu'il fit chez les moines. Cf. Mingana, Sacred books of the Yazidi.

(10) Cf. Sachau, Handschriften Verzeichnisse der Kiniglichen bliotek in Berlin, p. 434, et Lidzbarsky, Ein Exposé der Jeziden.

(11) Il n'est obligatoire, pour les Yezidis, ni de se prosterner trois fois par an devant le sincaq (Pétition, art. 1), ni de faire chaque année le pèlerinage de Sêx. Hadi (art. 2), ni de baiser tous les jours la main du §êx (art. 3), ni de manger quotidiennement un peu de terre provenant du sanctuaire de Sêx Hadî (art. 4) ; il ne leur est pas interdit, non plus, d'utiliser les objets (vaisselle, en particulier) qui ont servi à des étrangers (art. 13).

(12) Isma’îl bey Çol, El Yazidiyya qadiman tva badithan.

(13) Cf. notre compte-rendu : Quelques publications récentes sur les Yezidis.

(14) Seul M. Minorsky a donné un bref résumé des passages de cet ouvrage relatifs aux tribus Yezidies (cf. El, art. Kurdes).




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