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Grammaire kurde (Dialecte kurmandji)


Éditeur : Maisonneuve Date & Lieu : 1970, Paris
Préface : Roger Lescot MultimediaPages : 372
Traduction : ISBN :
Langue : Français, KurdeFormat : 150x205 mm
Code FIKP : Liv. Fr. Ku. Lp. Gen. 86Thème : Linguistique

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Table des Matières Introduction Identité PDF
Grammaire kurde (Dialecte kurmandji)


Grammaire kurde
(Dialecte kurmandji)


Alphabet et phonétique

I. L'alphabet Kurde

1. L'alphabet kurde en caractères latins est un alphabet phonétique. Chacun des caractères qui le composent correspond, réserve faite de rares nuances, à un son unique et ne peut, en aucun cas, servir à en transcrire un autre (exception faite des deux consonnes d'emploi facultatif, cf. par. 5). Tous les mots s'écrivent donc tels qu'ils se prononcent, sans hésitation possible; de même, à la lecture, tous les signes écrits doivent être prononcés.

2. L'alphabet kurde comprend trente-et-un caractères, trente-trois si l'on y ajoute deux caractères d'emploi facultatif (cf. par. 5 in fine):
a, b, c, ç, d, e, ê, f, g, h, i, î, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, ş, t, u, û, v, w, x, y, z.

Nous nous contenterons, dans ce premier chapitre, d'indiquer sommairement la valeur de chacun d'eux ; la phonétique kurde sera étudiée en détail dans les pages suivantes.
.....


Introduction

La langue kurde (kurdî), qui fait partie du groupe iranien, comporte deux dialectes principaux, le kurmancî et le soranî, comprenant eux-mêmes toute une mosaïque de parlers locaux. Le kurmancî, souvent désigné sous le nom de dialecte du Nord, a pour domaine les provinces kurdes de Turquie, de Syrie et du Caucase, ainsi que la partie septentrionale du Kurdistan iranien et irakien. Le soranî, encore appelé Baba Kurdî est en usage dans les districts du Sud-Est, c'est-à-dire essentiellement dans la région de Suleymaniyeh. On complètera cette carte linguistique sommaire en mentionnant l'existence du dumilî ou zaza, parlé au Dersim et dans la région de Sêwerek (en Turquie) et du goranî, idiome, en voie de disparition, des Ehlê Heq des parages de Kermanchah, en Iran.

La grammaire kurde que nous présentons aujourd'hui au public décrit le dialecte kurmancî tel qu'il s'emploie normalement de nos jours en tant que langue parlée et en tant que langue littéraire.

Cet ouvrage est essentiellement le résultat des recherches menées pendant plus d'une vingtaine d'années par le regretté Émir Djeladet Bedir Khan, mort en 1951. Descendant des anciens princes de Botan, l'Emir a joué un rôle prépondérant dans l'éveil du nationalisme kurde au lendemain du premier conflit mondial; il fut en même temps un des principaux animateurs de la renaissance culturelle qui a accompagné ce mouvement. C'est à lui que l'on doit la découverte et la codification des règles d'une langue qui n'avait été jusqu'alors que très imparfaitement explorée.

S'inspirant de la réforme opérée par Mustafa Kemal en Turquie, pays où réside la grande majorité des Kurdes de dialecte kurmancî, Djeladet beg s'assigna pour première tâche la création d'un alphabet en caractères latins. A l'issue de plusieurs années d'investigations sur la phonétique kurde (cf. Première partie de ce livre), il mit au point un système très voisin de celui que les Turcs avaient eux-mêmes adopté avec l'aide de spécialistes internationaux. L'instrument ainsi forgé s'avéra d'emblée parfaitement adapté à l'écriture et à la lecture du kurde et, de plus, facile à maîtriser même pour des individus complètement illettrés.

Cet alphabet fut expérimenté tout d'abord dans la revue kurde Hawar, publiée à Damas par l'Emir, simultanément en caractères arabes et latins (Nos 1 à 23, mai 1932 - juillet 1933), puis uniquement en caractères latins (Nos 24 à 57, avril 1934 - août 1943). Il fut ensuite utilisé pour d'autres périodiques et ouvrages imprimés en Syrie, dont la revue Ronahî, à l'origine supplément illustré de Hawar (avril 1943 - septembre 1944). S'il n'est autorisé officiellement ni en Turquie ni en Irak, il y est néanmoins très employé et il semble en passe d'être définitivement adopté par les Kurdes d'URSS, après divers essais de systèmes différents.
Les résultats des recherches de Djeladet beg sur la morphologie du kurmancî ont fait l'objet d'articles parus en français dans la première série de Hawar (Nos 16-17-18 et 26), puis en kurde dans la seconde série de cette publication (Nos 27 et suivants). Me trouvant en Syrie, où j'étais pensionnaire de l'Institut Français de Damas, au moment où, en 1941, Hawar reprit sa publication interrompue depuis 1935, je proposai à Djeladet Bedir Khan ma collaboration pour la rédaction en français d'une grammaire plus complète. L'Émir accepta et nous fûmes bientôt en mesure de passer à l'impression avec les moyens du bord. Le manuscrit était remis au fur et à mesure à un apprenti compositeur qui ne savait ni le français ni le kurde, mais se tirait admirablement d'affaire ; 168 pages in-16 sont ainsi sorties des presses. Elles correspondent à la première partie et aux Ch. I à IX de la seconde partie du présent volume, dans lequel elles ont été reprises avec les corrections et les changements de forme qui s'imposaient. Les chapitres X à XX de la seconde partie étaient pratiquement au point lorsque je fus appelé à quitter Damas en septembre 1944. Dès lors, et pour une longue période, d'autres occupations me tinrent éloigné des études kurdes, tandis que les circonstances prévalant en Syrie contraignaient mon ami à cesser de publier.

Ce n'est que tout récemment que j'ai pu rouvrir le dossier de cette grammaire et entreprendre de la mener à son terme, en mémoire de l'Émir Bedir Khan et pour ne point laisser perdre le fruit de ses travaux. Mon rôle a consisté, dans cette ultime phase d'une oeuvre entreprise en commun et achevée seul, à polir ce qui avait déjà été rédigé avec l'approbation de l'auteur principal (donc, plus ou moins, jusqu'au Ch. XX inclus) et à élaborer entièrement le reste de la Seconde Partie, ainsi que la Troisième Partie (Syntaxe).

S'il se trouve des erreurs ou des lacunes dans cet ouvrage, et surtout dans les chapitres que mon regretté ami Djeladet beg n'a pu revoir, l'entière responsabilité m'en incombe.

Il reste à dire quelques mots sur la conception de cette grammaire.

Notre but a été de procéder à un inventaire aussi complet que possible des particularités du kurmancî, tout en mettant à la disposition des étudiants un manuel d'enseignement pratique. La seconde de ces préoccupations explique l'ordre d'exposé parfois adopté. Ainsi, les pronoms personnels, réfléchis et réciproques, dont la connaissance est indispensable pour l'étude du verbe et de la conjugaison sont examinés au Ch. VII de la Morphologie, alors qu'il n'est traité que plus tard des autres pronoms. Dans le même esprit, les paragraphes essentiels ont été numérotés en caractères gras. Des listes de mots et des exercices figuraient initialement à la suite de chaque chapitre. Il a fallu les supprimer pour alléger ce volume.

Il ne sera sans doute pas superflu de bien marquer qu'à la différence des nombreuses études d'orientalisme publiées dans le passé et de nos jours encore sur le kurde, cet ouvrage est présenté comme l'est normalement la grammaire d'une langue, et non point comme une enquête dialectologique. Il se propose en effet, suivant en cela l'idée directrice qui guida l'Émir Bedir Khan, de constater et de fixer le bon usage du kurmancî, en dehors de tout cloisonnement régionaliste comme aussi de toute innovation « savante ». Nous nous sommes attachés, en quelque sorte, à faire ressortir une unité fondamentale plutôt qu'à souligner les particularismes locaux. A notre sens, la recherche dialectologique ne saurait comporter de résultats vraiment féconds que menée en pleine connaissance de ces structures générales qu'il restait encore à définir en ce qui concerne le kurde.

Notre méthode a ainsi consisté à noter les faits linguistiques tels qu'ils se présentaient dans les divers parlers avec lesquels nous étions en contact (c'est-à-dire essentiellement ceux du Kurdistan de Turquie ; dans une bien moindre mesure ceux d'Irak et très peu ceux d'Iran), à relever les usages les plus répandus pour en dégager enfin les règles d'ensemble, tout en signalant dans la mesure du possible les singularités ou les exceptions dialectales les plus marquantes. Les termes « correct» et « incorrect » seront parfois employés dans notre exposé. Ils pourraient paraître arbitraires, appliqués à un idiome encore aussi peu écrit que le kurde. Ils n'expriment cependant aucun choix subjectif et répondent, dans tous les cas considérés, à l'esprit et à la logique de la langue. Combien de fois, au cours de nos enquêtes, avons-nous vu des paysans ou des nomades illettrés sursauter devant les tournures fautives que nous leur proposions intentionnellement, ou encore au cours des longues veillées, discuter avec passion les problèmes de langage soumis à leur académie ? Tout aussi digne de remarque est la rapidité avec laquelle s'est spontanément fixé, dans la revue Hawar, l'usage moyen du kurmancî écrit, alors même que les rédacteurs étaient originaires des régions les plus diverses.

Le lecteur ne manquera pas de noter, dans ce livre, l'absence de toute référence aux essais, si honorables soient-ils, publiés sur la langue kurde par des étrangers ou par des lettrés du terroir. C'est qu'il eût fallu, presque à chaque pas, tenter de rectifier des transcriptions douteuses, des graphies inexactes, des interprétations erronées et surcharger en conséquence ce volume d'un appareil critique pesant et sans profit.

Un exemple suffira, je pense, pour situer les choses. Oskar Mann, érudit et dialectologue consciencieux et avisé s'il en fut, écrit, p. 131 de son livre Die Mundart der Mukri-Kurden (Berlin, 1906-9) : « Es ist leider nicht zu entscheiden, weshalb im Mukri dieser Casus Obliqus promiscue teils auf -ê, teils auf auslautet oder vielmehr unter welchen Bedingungen der eine oder der andere Vocal aufzutreten hat ». Il s'agit tout simplement, en l'occurrence, de la différenciation entre les désinences du cas oblique du féminin et du masculin, donc d'une des caractéristiques qui permettent d'opérer le départ entre les deux genres, et que l'Émir Bedir Khan fut le premier à mettre clairement en lumière.

Des publications plus récentes, au demeurant fort estimables, ne sont pas davantage exemptes d'erreurs et je me permettrai de renvoyer au compte-rendu que j'ai donné de certains travaux soviétiques dans le No 51 (3e trimestre 1960) de la revue L'Afrique et l'Asie.

C'est pour les raisons qui viennent d'être exposées que les exemples figurant dans cette grammaire ont été soit imaginés par les auteurs en fonction des règles à illustrer, soit empruntés aux revues Hawar (H.) et Ronahî (R.) ou au petit livre de lecture Xwendina Kurde, Damas, 1938 (X.K.), en rectifiant, quand besoin en était, les fautes d'impression qui s'y rencontrent, hélas, en grand nombre.

Amman, avril 1968.

R. Lescot


Donner ici une bibliographie des principaux ouvrages sur la langue kurde n'aurait d'utilité qu'à la condition de l'assortir d'observations critiques, ce qui ne saurait entrer dans le cadre de cette brève introduction. On se contentera donc de renvoyer à celle qui figure dans les Kurdish dialect studies de D. N. Mac Kenzie (2 vol., Oxford, 1961), tout en la complétant par les titres suivants :

Musa Anter, Ferhenga Khurdî (1) - Tirkî, lstanbul, 1967.

Kamuran Bedir-Khan, Zmanê mader, la langue maternelle, alphabet et lectures kurdes, Paris, 1965.

N. Bedir-Khan, Nvîsa min, mon livre, cours pratique de la langue kurde, Paris, 1965.

K.K. Kurdoev, Ferhenga Kurdî-rûsî, Moscou, 1960.

Taufiq Wahby and C.J. Edmond, A Kurdish-English dictionary, Oxford, 1966.

1 Sic. L'auteur a cru, à tort, devoir recourir à des graphies de ce genre pour rendre certaines nuances phonétiques volontairement ignorées par l'alphabet kurde en caractères latins (cf. ci-dessous, par. 36 et 46).




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