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Ismet Chériff Vanly

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Ismet Chériff Vanly

Son Excellence, Monsieur L'ambassadeur Jean Humbert

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Légende

<p><strong>Son Excellence<br />Monsieur L'ambassadeur Jean Humbert,</strong> Secr&eacute;taire g&eacute;n&eacute;ral,<br />Conf&eacute;rence diplomatique sur la r&eacute;affirmation et le d&eacute;veloppement<br />du droit international humanitaire applicable dans les conflits arm&eacute;s,<br />Centre international de conf&eacute;rences,<br />1211 <strong>Gen&egrave;ve</strong> 20 <br /><br /><strong>Monsieur le Secr&eacute;taire g&eacute;n&eacute;ral</strong>,<br /><br />En ma qualit&eacute; de repr&eacute;sentant du Bureau politique du Parti d&eacute;mocrate du Kurdistan-irakien (PDK), qui dirige la R&eacute;volution kurde sous la haute autorit&eacute; du g&eacute;n&eacute;ral Mustafa Barzani, h&eacute;ros national du peuple kurde et pr&eacute;sident du PDK, j'ai l'honneur par la pr&eacute;sente de vous soumettre une demande sollicitant l'admission, &agrave; titre d'observateurs, de d&eacute;l&eacute;gu&eacute;s repr&eacute;sentant la R&eacute;volution du Kurdistan irakien &agrave; la prochaine session de la Conf&eacute;rence diplomatique sur la r&eacute;affirmation et le d&eacute;veloppement du droit international humanitaire applicable dans les conflits arm&eacute;s, session qui, sauf erreur, aura lieu &agrave; Gen&egrave;ve en f&eacute;vrier 1975. J'ai d&eacute;j&agrave; eu le privil&egrave;ge de vous faire part oralement, lors de l'audience que vous avez bien voulu m'accorder le 12 septembre dernier, de tout l'int&eacute;r&ecirc;t que porte la R&eacute;volution kurde &agrave; la question.<br /><br />Au cas o&ugrave; la Conf&eacute;d&eacute;ration helv&eacute;tique, d&eacute;positaire des Conventions de Gen&egrave;ve et gardienne dudit droit international, ne se jugerait pas habilit&eacute;e &agrave; admettre de nouveaux observateurs &agrave; la Conf&eacute;rence, je vous serais oblig&eacute; de bien vouloir saisir cette derni&egrave;re, &agrave; temps, de notre demande.<br /><br />Une dizaine de mouvements de lib&eacute;ration nationale, pour la plupart africains, et dont nous sommes au demeurant solidaires, ont &eacute;t&eacute; admis, &agrave; titre d'observateurs, d&eacute;j&agrave; &agrave; la premi&egrave;re session de la Conf&eacute;rence diplomatique. Les Kurdes s'en f&eacute;licitent, tout en esp&eacute;rant qu'il leur sera donn&eacute; de jouir du m&ecirc;me statut, d&egrave;s lors qu'ils repr&eacute;sentent, eux aussi, un mouvement de lib&eacute;ration nationale, qui est l'un des plus importants du Proche-Orient.<br /><br />Nous n'ignorons pas que les mouvements nationaux d&eacute;j&agrave; admis &agrave; titre d'observateurs l'ont &eacute;t&eacute; avec l'appui d'organisations inter&eacute;tatiques &agrave; caract&egrave;re r&eacute;gional. Mais si les Kurdes n'ont pas encore la chance de pouvoir compter sur un tel appui, pour des raisons qui seraient longues &agrave; exposer, conviendrait-il vraiment qu'on les ignore, que la Conf&eacute;rence leur refuse une place dans un d&eacute;bat qui les int&eacute;resse, et pour cause, au plus haut point ?<br /><br />De notori&eacute;t&eacute; publique, le principal objectif de la Conf&eacute;rence est d'augmenter les comp&eacute;tences du C.I.C.R. en cas de conflits arm&eacute;s dits internes, voire d'assimiler ceux-ci aux conflits arm&eacute;s inter&eacute;tatiques pour ce qui est des droits et des devoirs de la Croix-Rouge internationale. Or, s'il est - pour s'en tenir aux termes juridiques actuellement en usage - un conflit arm&eacute; interne qui soit typique, et qui par son &acirc;pret&eacute; et sa longueur m&ecirc;mes m&eacute;riterait toute l'attention des instances internationales, c'est bien celui qui, depuis plus de 13 ans, n'a cess&eacute; d'opposer le Gouvernement de Bagdad au peuple du Kurdistan irakien. Dans ces conditions, refuser au mouvement de lib&eacute;ration nationale kurde concern&eacute; le droit de prendre part aux travaux de la Conf&eacute;rence, au m&ecirc;me titre que d'autres observateurs, reviendrait &agrave; adopter &quot;deux poids et deux mesures&quot; et constituerait un flagrant cas de d&eacute;ni de justice.<br /><br />D'ailleurs, l'on peut se demander si l'actuel Gouvernement de Bagdad peut encore parler au nom du peuple kurde d'Irak, ou du peuple arabe irakien. Telle n'est pas notre opinion. Sans vouloir amener la Conf&eacute;rence &agrave; se prononcer sur ce point, nous lui soumettons, &agrave; l'appui de la pr&eacute;sente demande, le m&eacute;morandum que je vous prie de trouver ci-joint.<br /><br />Il convient de souligner d&egrave;s &agrave; pr&eacute;sent - point qui sera repris &agrave; la fin du m&eacute;morandum en question - que la guerre du Kurdistan irakien n'est nullement une guerre arabo-kurde, mais un conflit opposant le peuple kurde &agrave; l'actuel r&eacute;gime baassiste d'Irak, par la faute de ce dernier, et que le peuple kurde nourrit traditionnellement les plus profonds sentiments d'amiti&eacute; et de solidarit&eacute; envers la nation arabe dans son ensemble. Aussi le g&eacute;n&eacute;ral BARZANI, en sa qualit&eacute; de pr&eacute;sident du PDK et de commandant en chef de l'Arm&eacute;e r&eacute;volutionnaire kurde, se permet-il d'esp&eacute;rer que, par &eacute;gards pour cette amiti&eacute; traditionnelle, et par respect pour l'&oelig;uvre historique d'un tr&egrave;s grand Kurde, le sultan Saladin, de la dynastie des Ayyoubides, dont la m&eacute;moire est &eacute;galement v&eacute;n&eacute;r&eacute;e par les Arabes et les Kurdes, la Ligue des Etats arabes voudra bien appuyer notre pr&eacute;sente d&eacute;marche aupr&egrave;s de la Conf&eacute;rence diplomatique et &oelig;uvrer pour l'&eacute;tablissement d'une paix juste au Kurdistan.<br /><br />Veuillez agr&eacute;er, Excellence, je vous prie, l'expression de mes tr&egrave;s hautes consid&eacute;rations.<br /><br /><strong>Ismet Ch&eacute;riff Vanly<br /><br />Annexes</strong> :<br />- M&eacute;morandum, du m&ecirc;me jour, et ses annexes;<br />- Documents de cr&eacute;ance.<br />Copies pour information, de la pr&eacute;sente lettre et du m&eacute;morandum, aux :<br />- Conseil f&eacute;d&eacute;ral suisse;<br />- Comit&eacute; international de la Croix-Rouge;<br />- Secr&eacute;taire g&eacute;n&eacute;ral de la Ligue des Etats arabes;<br />- Secr&eacute;taire g&eacute;n&eacute;ral de l'Organisation de l'unit&eacute; africaine;<br />- Secr&eacute;taire g&eacute;n&eacute;ral de l'Organisation des Etats am&eacute;ricains;<br />- Secr&eacute;taire g&eacute;n&eacute;ral des Nations Unies;<br />- Haut commissaire des Nations Unies pour les r&eacute;fugi&eacute;s;<br />- Pr&eacute;sident de la R&eacute;publique arabe unie, Le Caire;<br />- Pr&eacute;sident de la R&eacute;publique arabe syrienne;<br />- Pr&eacute;sident de la R&eacute;publique alg&eacute;rienne d&eacute;mocratique et populaire;<br />- Pr&eacute;sident de la R&eacute;publique de Tunisie;<br />- MM. les premiers ministres des Etats suivants : Arabie saoudite, Empire d'Iran, Jordanie, Libye, al-Maghrib al-Aqsa, pays scandinaves.<br /><br />M&eacute;morandum soumis le 21 novembre 1974, au nom de la direction de la R&eacute;volution du Kurdistan irakien, au Secr&eacute;taire g&eacute;n&eacute;ral de la Conf&eacute;rence diplomatique sur la r&eacute;affirmation et le d&eacute;veloppement du droit international humanitaire applicable dans les conflits arm&eacute;s.<br /><br />Monsieur le Secr&eacute;taire g&eacute;n&eacute;ral,<br />A l'appui de la demande formul&eacute;e dans ma lettre d'aujourd'hui &agrave; Votre Excellence, je viens vous prier de bien vouloir soumettre le pr&eacute;sent m&eacute;morandum, soit les faits suivants, &agrave; l'attention de la Conf&eacute;rence :<br /><br />1. Selon l'art. 64 du Trait&eacute; de S&egrave;vres d'ao&ucirc;t 1920, conclu entre les Puissances alli&eacute;es et la Turquie ottomane, le Kurdistan m&eacute;ridional, actuellement irakien, devait faire partie de l'Etat kurde dont la cr&eacute;ation &eacute;tait pr&eacute;vue aux art. 62 &agrave; 64 (Section III : KURDISTAN) dudit Trait&eacute;, lequel ne fut pas appliqu&eacute;.<br /><br />2. Le Kurdistan m&eacute;ridional ou ancien vilayet ottoman de Mossoul fut rattach&eacute; au royaume d'Irak, issu du d&eacute;membrement de l'Empire ottoman, par d&eacute;cision du Conseil de la S.D.N. du 16 d&eacute;cembre 1925, d&eacute;cision subordonnant cette annexion &agrave; l'&eacute;tablissement d'une autonomie administrative et culturelle en faveur des r&eacute;gions kurdes &agrave; l'int&eacute;rieur des fronti&egrave;res irakiennes.<br /><br />3. La Grande-Bretagne, &agrave; l'&eacute;poque Puissance mandataire sur l'Irak, fut charg&eacute;e par la SDN de mettre sur pied l'autonomie kurde ainsi d&eacute;cid&eacute;e.<br />4. Par une D&eacute;claration commune anglo-irakienne du 24 d&eacute;cembre 1922, D&eacute;claration communiqu&eacute;e par la Puissance mandataire &agrave; la Commission des mandats de la SDN, la Grande-Bretagne et l'Irak avaient d'ailleurs formellement reconnu le droit des Kurdes de l'ancien vilayet de Mossoul de &quot;constituer un Gouvernement kurde&quot; jouissant d'une tr&egrave;s large autonomie &agrave; l'int&eacute;rieur des fronti&egrave;res irakiennes.<br /><br />5. Ladite autonomie kurde, deux fois et solennellement promise il y a un demi-si&egrave;cle, ne fut jamais mise sur pied, ni par la Puissance mandataire ni, apr&egrave;s l'ind&eacute;pendance de l'Irak, par le Gouvernement de Bagdad. C'est la raison pour laquelle essentiellement se d&eacute;clencha, en septembre 1961, la pr&eacute;sente R&eacute;volution kurde, qui dure donc depuis plus de 13 ans.<br /><br />6. Par l'accord du II mars 1970, accord conclu avec la R&eacute;volution kurde apr&egrave;s plusieurs ann&eacute;es de guerre et quatre campagnes militaires irakiennes qui avaient successivement &eacute;chou&eacute;, le Gouvernement irakien a reconnu le principe de l'autonomie kurde dans le cadre irakien.<br />7. Cons&eacute;cutivement &agrave; cet accord, la Constitution provisoire irakienne de 1970 a admis que &quot;l'Irak est form&eacute; de deux nations, la nation arabe et la nation kurde, dans le cadre de l'unit&eacute; indivisible de l'Irak&quot;. Ce texte constitutionnel est rest&eacute; lettre morte.<br /><br />8. Le 11 mars 1974, Bagdad a promulgu&eacute; un d&eacute;cret dit &quot;Loi sur l'autonomie de la r&eacute;gion du Kurdistan&quot;, qui est tout &agrave; fait inacceptable pour la R&eacute;volution kurde, cela pour les raisons essentielles suivantes :<br /><br />a) Bagdad ampute la r&eacute;gion autonome du tiers m&eacute;ridional du Kurdistan irakien, &agrave; savoir le tiers p&eacute;trolif&egrave;re et le plus riche du pays kurde, comprenant notamment les d&eacute;partements et districts &agrave; majorit&eacute; kurde de Kirkouk, Hanaqin, Sindjar, Ain-Zala et Zammar, que le r&eacute;gime baassiste travaille &agrave; arabiser par la force depuis sa premi&egrave;re prise du pouvoir en 1963;<br /><br />b) Bagdad se r&eacute;serve le droit de nommer les membres du parlement et de l'ex&eacute;cutif de la r&eacute;gion autonome, ce qui, depuis, a d'ailleurs &eacute;t&eacute; fait, l'organe baassiste dit &quot;Conseil de commandement de la r&eacute;volution&quot; (CCR) ayant nomm&eacute;, par d&eacute;cret du 30 juillet dernier, 60 des 80 membres du Conseil l&eacute;gislatif kurde. Or, la R&eacute;volution kurde entend &eacute;tablir un r&eacute;gime d&eacute;mocratique au Kurdistan, avec un parlement librement &eacute;lu au suffrage universel et un ex&eacute;cutif issu dudit parlement et responsable devant lui;<br /><br />c) Dans la soi-disant loi sur l'autonomie, les organes l&eacute;gislatif et ex&eacute;cutif kurdes n'ont cependant aucun pouvoir de d&eacute;cision, mais doivent se r&eacute;f&eacute;rer aux ministres comp&eacute;tents du gouvernement irakien pour toute d&eacute;cision d'une certaine importance, ce qui vide l'autonomie de son contenu;<br /><br />d) Bagdad ne met pas &agrave; la disposition des organes de la r&eacute;gion autonome les moyens financiers et juridiques n&eacute;cessaires &agrave; son d&eacute;veloppement &eacute;conomique. Or, la R&eacute;volution kurde con&ccedil;oit l'autonomie comme un cadre juridique propre &agrave; assurer le d&eacute;veloppement &eacute;conomique et social du Kurdistan, selon les d&eacute;sirs du peuple kurde. Le Kurdistan irakien fournit 70 % environ de la production p&eacute;troli&egrave;re irakienne : les Kurdes n'en demandent qu'une part qui soit proportionnelle &agrave; leur importance num&eacute;rique dans la R&eacute;publique irakienne, soit quelque 30 %. Ils laissent d'ailleurs &agrave; la comp&eacute;tence du seul gouvernement central les affaires du p&eacute;trole, pour autant qu'ils y soient valablement repr&eacute;sent&eacute;s;<br /><br />e) La soi-disant loi irakienne sur l'autonomie ne pr&eacute;voit rien quant &agrave; la participation du peuple kurde au gouvernement central et au l&eacute;gislatif irakien;<br /><br />f) M&ecirc;me autonomes, les Kurdes resteront citoyens irakiens et, comme tels, concern&eacute;s par la nature du r&eacute;gime central et des institutions de l'Etat. La R&eacute;volution kurde est partisane d'un syst&egrave;me d&eacute;mocratique aussi bien au Kurdistan que dans l'ensemble de l'Irak. Or, l'actuel r&eacute;gime irakien, issu du putsch militaire de 1968, n'est point d&eacute;mocratique, mais dictatorial et policier. Les deux pouvoirs l&eacute;gislatif et ex&eacute;cutif sont confondus aux mains du soi-disant &quot;Conseil de commandement de la r&eacute;volution&quot;, organe qui, aux termes m&ecirc;mes de la Constitution provisoire de 1970, se compose de 12 membres &quot;d&eacute;sign&eacute;s par la direction r&eacute;gionale irakienne du parti socialiste arabe Baas&quot;. C'est donc un parti arabe qui n'a aucune base au Kurdistan, et minoritaire en Irak arabe, qui d&eacute;tient tous les pouvoirs dans un Etat dont la composition ethnique a &eacute;t&eacute; pourtant reconnue comme &eacute;tant binationale. En fait, les membres du CCR ne sont plus 12, mais 4, dont le Pr&eacute;sident et le Vice-Pr&eacute;sident de la R&eacute;publique. A plusieurs reprises, le g&eacute;n&eacute;ral Barzani, pr&eacute;sident du PDK, a invit&eacute; le r&eacute;gime baassiste &agrave; accepter le principe d'&eacute;lections libres en Irak, dans l'int&eacute;r&ecirc;t des deux peuples arabe et kurde et des groupes minoritaires; il a &eacute;galement propos&eacute; au Baas tout au moins d'&eacute;largir la base du CCR, en lui adjoignant des membres kurdes, ainsi que des Arabes de tendances autres que baassiste, demandes qui ont toujours &eacute;t&eacute; rejet&eacute;es par ceux qui s'&eacute;taient install&eacute;s au pouvoir par la force et qui, sans avoir jamais &eacute;t&eacute; &eacute;lus par le peuple, l&eacute;gif&egrave;rent au nom du peuple, et contre le peuple.<br /><br />Pour plus d'informations sur la soi-disant loi d'autonomie kurde promulgu&eacute;e par le Baas et sur la nature du r&eacute;gime de Bagdad et sa politique anti-kurde, nous vous prions de consulter le document ci-joint : &quot;On the Kurdish Question at the United Nations&quot;.<br /><br />9. Le II mars 1974, le Baas a adress&eacute; un ultimatum de deux semaines &agrave; la R&eacute;volution kurde pour accepter ou rejeter, telle quelle, sa &quot;loi&quot; sur l'autonomie kurde promulgu&eacute;e unilat&eacute;ralement. L'&quot;autonomie&quot; octroy&eacute;e &eacute;tait &agrave; prendre ou &agrave; laisser par les Kurdes, sous peine pour eux de se mettre 'hors la loi&quot; - mais quelle loi ? Or, le Baas savait d'ores et d&eacute;j&agrave; que &quot;sa loi&quot; &eacute;tait rejet&eacute;e par les autonomistes : ce n'&eacute;tait, en fait, qu'un pr&eacute;texte pour d&eacute;clencher la cinqui&egrave;me guerre du Kurdistan.<br /><br />10. Le Baas avait esp&eacute;r&eacute; venir &agrave; bout de la r&eacute;sistance kurde en six semaines au maximum. Or, on est au huiti&egrave;me mois depuis la reprise de la guerre. En d&eacute;pit des armes sophistiqu&eacute;es utilis&eacute;es par le Baas contre le peuple kurde, la cinqui&egrave;me campagne militaire irakienne au Kurdistan est d&eacute;j&agrave; un &eacute;chec.<br /><br />11. Sur une population totale pour la R&eacute;publique irakienne de l'ordre de 10,5 millions h., les Kurdes comptent 3 millions environ, dont 2,7 millions au Kurdistan et pr&egrave;s de 300'000 Kurdes &agrave; Bagdad. Le Kurdistan irakien a une superficie de 75'000 km2 environ et, parmi sa population, les &eacute;l&eacute;ments non-kurdes repr&eacute;sentent un pourcentage inf&eacute;rieur &agrave; 10 %, &eacute;l&eacute;ments qui vivent traditionnellement en parfaite entente avec la majorit&eacute; kurde.<br /><br />12. La R&eacute;volution kurde contr&ocirc;le enti&egrave;rement un territoire d'un seul tenant de quelque 40 000 km2, territoire essentiellement montagneux, adoss&eacute; &agrave; plus de 600 km de fronti&egrave;res : la fronti&egrave;re avec la Turquie, au nord, et une grande partie de la fronti&egrave;re avec l'Iran, &agrave; l'est, jusqu'au nord de Khanaqin. La population de ce Kurdistan lib&eacute;r&eacute; est de 1 500 000 h., mais a &eacute;t&eacute; diminu&eacute;e de pr&egrave;s de 150'000 civils qui ont d&ucirc; chercher refuge en territoire iranien pour &eacute;chapper aux bombardements de l'arm&eacute;e de l'air irakienne.<br /><br />La partie m&eacute;ridionale du Kurdistan irakien, constitu&eacute;e essentiellement de plaines p&eacute;trolif&egrave;res &agrave; majorit&eacute; kurde, travers&eacute;es de voies de communication sur lesquelles se trouvent les grandes villes kurdes, est occup&eacute;e militairement par les forces du r&eacute;gime baassiste, lequel contr&ocirc;le ainsi quelque 1 500 000 Kurdes, dont ceux de Bagdad.<br /><br />13. La moiti&eacute; environ du peuple kurde d'Irak et une partie de son pays grande comme la Suisse &eacute;chappent donc compl&egrave;tement &agrave; tout contr&ocirc;le gouvernemental irakien. Le gouvernement baassiste n'a plus aucune administration dans ce Kurdistan lib&eacute;r&eacute; et son arm&eacute;e est incapable d'y p&eacute;n&eacute;trer. Bagdad s'en venge en cherchant &agrave; d&eacute;truire le pays, son &eacute;conomie et sa population au moyen d'un s&eacute;v&egrave;re blocus &eacute;conomique et de bombardements a&eacute;riens syst&eacute;matiques, utilisant le napalm et des bombes incendiaires, des avions modernes de provenance sovi&eacute;tique (Mig 17, Mig 19, Mig 21, Sukhoi 7, Sukhoi 20, Tupolev 22), ainsi que des pilotes et des experts militaires mis &agrave; la disposition de l'Irak par le Gouvernement sovi&eacute;tique (Voir &agrave; cet &eacute;gard les journaux Neue Z&uuml;rcher Zeitung des 20 septembre et 2 octobre 1974; La Voce Republicana, Rome, du 19 octobre 1974; Il Popolo, Rome, du 20 octobre 1974, ainsi que des extraits de l'appel lanc&eacute; par l'acad&eacute;micien sovi&eacute;tique Andr&eacute; Sakharov aux Nations Unies condamnant l'intervention militaire &eacute;trang&egrave;re aux c&ocirc;t&eacute;s de Bagdad dans la guerre contre le peuple kurde, in Le Monde du 5 octobre 1974).<br /><br />Tant que le Gouvernement irakien ne sera pas issu d'&eacute;lections libres auxquelles participeraient les deux peuples arabe et kurde, et tant qu'il visera &agrave; d&eacute;truire le peuple kurde, il ne saurait pr&eacute;-tendre repr&eacute;senter ce dernier.<br /><br />14. L'ampleur des bombardements a&eacute;riens irakiens contre la population civile du Kurdistan lib&eacute;r&eacute; a &eacute;t&eacute; telle que, depuis plus de 13 ans que dure cette guerre, l'on se trouve pour la premi&egrave;re fois en pr&eacute;sence d'un probl&egrave;me de r&eacute;fugi&eacute;s kurdes, pr&egrave;s de 150&deg;000 civils, presque tous des femmes, enfants et vieillards, ayant d&ucirc; chercher refuge en Iran. Les autorit&eacute;s iraniennes comp&eacute;tentes s'occupent d'eux convenablement, voire g&eacute;n&eacute;reusement, et ont fait constater l'ampleur du probl&egrave;me par le Haut Commissaire des Nations Unies pour les R&eacute;fugi&eacute;s et par le Comit&eacute; international de la Croix-Rouge (Voir &agrave; cet &eacute;gard notamment les journaux iraniens Kayhan International, T&eacute;h&eacute;ran, des 28, 29, 30 et 31 ao&ucirc;t 1974, et Journal de T&eacute;h&eacute;ran des 30 septembre et 1er octobre 1974).<br /><br />Il existe, d'autre part, parmi la population de ce Kurdistan ravag&eacute; par les bombes, arros&eacute; quotidiennement de napalm, menac&eacute; de gaz toxiques et de rayons Lazer, pr&egrave;s de 500 000 &quot;personnes d&eacute;plac&eacute;es&quot;, manquant de tout, de m&eacute;dicaments, de mat&eacute;riel m&eacute;dical, d'h&ocirc;pitaux, de prot&eacute;ine, de v&ecirc;tements chauds, d'&eacute;coles (ferm&eacute;es &agrave; cause des bombardements), une population vivant dans des grottes ou sous des tentes de fortune, en dehors des villes &eacute;ventr&eacute;es, des villages d&eacute;truits et des fermes incendi&eacute;es.<br /><br />Nous nous permettons de vous soumettre &agrave; cet &eacute;gard, pour information, un rapport de l'Union internationale de protection de l'enfance (UIPE), du 6 septembre 1974, rapport r&eacute;dig&eacute; &agrave; la suite d'une mission effectu&eacute;e dans le Kurdistan lib&eacute;r&eacute;.<br /><br />15. Compte tenu de cette situation, et devant le refus du Gouvernement irakien de coop&eacute;rer avec le Comit&eacute; international de la Croix-Rouge, le C.I.C.R., avec le concours de la Repr&eacute;sentation kurde &agrave; l'ext&eacute;rieur, a d&ucirc; chercher d'autres voies pour l'envoi de secours humanitaires &agrave; la population du territoire lib&eacute;r&eacute;.<br /><br />Diverses soci&eacute;t&eacute;s nationales de la Croix-Rouge, ainsi que des soci&eacute;t&eacute;s charitables priv&eacute;es,, font de m&ecirc;me.<br /><br />16. En d&eacute;pit des difficult&eacute;s que conna&icirc;t la population civile, le Kurdistan lib&eacute;r&eacute; constitue bel et bien un Etat organis&eacute; de facto &agrave; qui ne manque que la souverainet&eacute; ext&eacute;rieure, un Etat ayant un territoire et une population stables; une autorit&eacute; politique sup&eacute;rieure, soit un gouvernement que repr&eacute;sente le Parti d&eacute;mocrate du Kurdistan sous la pr&eacute;sidence de Mustafa Barzani, h&eacute;ros national du peuple kurde; un d&eacute;partement de la D&eacute;fense, avec une arm&eacute;e nationale r&eacute;guli&egrave;re forte de plus de 50 000 peshmergas ou soldats-patriotes, plus une milice populaire; un d&eacute;partement de l'Int&eacute;rieur, comportant notamment des administrations locales et un service de police; une Repr&eacute;sentation &agrave; l'ext&eacute;rieur; un d&eacute;partement des Finances, avec un syst&egrave;me fiscal; un d&eacute;partement de la Justice, avec des tribunaux de premi&egrave;re instance et des cours d'appel; un d&eacute;partement de l'Instruction publique, avec un r&eacute;seau scolaire (ferm&eacute; partiellement, pour la s&eacute;curit&eacute; des &eacute;l&egrave;ves); un d&eacute;partement de la Sant&eacute; publique, avec un corps m&eacute;dical et un personnel infirmier r&eacute;partis dans tout le territoire; un d&eacute;partement des Affaires sociales et rurales; un d&eacute;partement de l'Information, avec un service de presse et une station d'&eacute;missions radiophoniques; des services du Ravitaillement, de G&eacute;nie civil, de PTT, avec un r&eacute;seau serr&eacute; de t&eacute;l&eacute;communications, etc., le tout fonctionnant avec efficacit&eacute;, selon des lois et des r&egrave;glements conformes &agrave; l'int&eacute;r&ecirc;t d'un peuple en &eacute;tat de guerre, mais avec des moyens financiers et autres fort limit&eacute;s, compte tenu du blocus &eacute;conomique et des circonstances de la guerre.<br /><br />17. La direction de la R&eacute;volution jouit du soutien massif du peuple kurde d'Irak dans son ensemble, y compris dans la partie occup&eacute;e du Kurdistan; elle est la seule autorit&eacute; qui d&eacute;fende la vie de ce peuple et veille sur ses int&eacute;r&ecirc;ts, la seule qui pr&eacute;pare son avenir, et la seule qui puisse parler en son nom et exprimer ses aspirations nationales.<br />Le Parti d&eacute;mocrate du Kurdistan (PDK) est un parti politique progressiste qui groupe en son sein des repr&eacute;sentants de l'ensemble du peuple kurde d'Irak, qu'il s'agisse du Kurdistan lib&eacute;r&eacute; ou du Kurdistan occup&eacute;; comme l&rsquo;indiquent se statuts, le PDK d&eacute;fend les int&eacute;r&ecirc;ts des ouvriers, des paysans, des artisans, des travailleurs, des intellectuels, ainsi que de la bourgeoisie patriotique du Kurdistan; il travaille au d&eacute;veloppement &eacute;conomique, &agrave; l'industrialisation et au progr&egrave;s social du Kurdistan irakien, mais aussi de l'ensemble de l'Irak, en collaboration avec les autres partis irakiens d&eacute;mocratiques, &eacute;tant un parti politique majeur, &agrave; la fois kurde et irakien.<br /><br />Pour de plus amples informations &agrave; ce sujet, nous vous prions de consulter le programme ci-joint du PDK.<br /><br />18. L'actuel gouvernement baassiste d'Irak, qui n'a jamais &eacute;t&eacute; &eacute;lu par le peuple et qui ne veut pas d'&eacute;lections libres dans le pays, ne saurait parler au nom du peuple irakien, et moins encore au nom du peuple kurde d'Irak, y compris dans la partie du Kurdistan occup&eacute;e par les troupes du Baas. En effet,<br /><br />a) Ledit gouvernement suit une politique de guerre totale contre le peuple kurde.<br />Pri&egrave;re de voir &agrave; ce sujet la lettre du g&eacute;n&eacute;ral Barzani du 28 mai 1974 &agrave; Son Excellence le Dr K. Waldheim (in ''On the Kurdish Question at the United Nations&quot;, pp. i et ii, ainsi que les pp. iii et iv. 5 &agrave; 7 du m&ecirc;me document);<br /><br />b) Ledit gouvernement suit une politique de pers&eacute;cution et de discrimination ethnique et nationale &agrave; l'encontre du peuple kurde; en particulier, il travaille &agrave; l'arabisation par la force de la partie p&eacute;trolif&egrave;re du Kurdistan occup&eacute;, en expulsant villageois et citadins kurdes et implantant des Arabes amen&eacute;s du sud &agrave; leur place (idem, pp 12 et 13);<br /><br />c) Ledit gouvernement exploite les travailleurs kurdes et suit une politique de discrimination en mati&egrave;re de d&eacute;veloppement &eacute;conomique et d'emploi contre le peuple kurde. Il a notamment renvoy&eacute; puis expuls&eacute; les ouvriers kurdes employ&eacute;s par la Compagnie nationale du p&eacute;trole, &agrave; Kirkouk, et les a remplac&eacute;s par des ouvriers arabes amen&eacute;s du sud (idem, pp 15 &agrave; 17);<br /><br />d) Ledit gouvernement proc&egrave;de &agrave; des prises puis &agrave; la pendaison d'otages civils dans le Kurdistan occup&eacute; (idem, pp. 66 ss);<br /><br />e) Ledit gouvernement suit une politique de discrimination en mati&egrave;re d'&eacute;ducation et de culture contre le peuple kurde (idem, pp. 18 &agrave; 19);<br /><br />f) Ledit gouvernement sui une politique d'oppression nationale contre les organisations sp&eacute;cifiques kurdes, notamment contre : les F&eacute;d&eacute;rations syndicales au Kurdistan, l'Union des emmes du Kurdistan, les Associations paysannes du Kurdistan, la F&eacute;d&eacute;ration des Instituteurs du Kurdistan, l'Union des Ecrivains du Kurdistan, l'Acad&eacute;mie des Sciences kurde (dont le si&egrave;ge &eacute;tait &agrave; Bagdad), l'Union des Etudiants du Kurdistan, l'Union de la Jeunesse D&eacute;mocratique du Kurdistan, etc. toutes organisations dont les dirigeants ont d&ucirc; quitter les grandes villes occup&eacute;es pour poursuivre leurs activit&eacute;s dans le Kurdistan lib&eacute;r&eacute;.<br /><br />Seul un gouvernement irakien d&eacute;mocratique form&eacute; des repr&eacute;sentants l&eacute;gitimes des peuples arabe et kurde d'Irak, et qui aura, par cons&eacute;quent, renonc&eacute; &agrave; la politique de guerre contre les Kurdes, pourra valablement parler au nom de l'ensemble des citoyens de l'Irak.<br /><br />La pr&eacute;sente guerre n'oppose pas les Arabes aux Kurdes, mais ces derniers au r&eacute;gime baassiste de Bagdad, par la faute de ce r&eacute;gime, dont la politique est en opposition totale avec les sentiments d'amiti&eacute; et de solidarit&eacute; qui unissent traditionnellement les deux peuples.<br /><br />Le mouvement national kurde est anim&eacute; d'un profond sentiment d'amiti&eacute; envers le peuple arabe d'Irak, et de respect envers la nation arabe dans son ensemble, nation que repr&eacute;sente la Ligue des Etats arabes et qui ne partage nullement, nous en sommes certains, l'attitude inhumaine et chauvine du Baas d'Irak envers les Kurdes. Aussi le mouvement kurde esp&egrave;re-t-il que la Ligue des Etats arabes et les peuples arabes favoriseront non seulement l'acc&egrave;s d'observateurs kurdes qualifi&eacute;s &agrave; la Conf&eacute;rence diplomatique, mais &eacute;galement, et plus important encore, le r&eacute;tablissement de la paix au Kurdistan irakien, dans le respect complet des droits nationaux du peuple kurde.<br /><br />Veuillez agr&eacute;er, Excellence, je vous prie, l'expression de nos plus hautes consid&eacute;rations.<br /><br />Pour la direction de la R&eacute;volution kurde,<br />(S) <strong>lsmet Ch&eacute;riff Vanly<br /><br /></strong>Annexes : mentionn&eacute;es</p>







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