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Etudes Kurdes N° IX


Éditeur : FIKP & l'Harmattan Date & Lieu : 2008, Paris
Préface : Pages : 148
Traduction : ISBN : 978-2-296-05466-0
Langue : FrançaisFormat : 135x215 mm
Thème : Linguistique

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Table des Matières Introduction Identité PDF
Etudes Kurdes N° IX


La langue kurde
N° 9 - avril 2008

Sous la direction de Salih AKIN

Le kurde est la langue véhiculaire d’environ 30 millions d’hommes et de femmes, vivant en majorité sur un grand territoire du Moyen-Orient que les Kurdes et les géographes appellent Kurdistan, partagé entre la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran au lendemain de la Première Guerre mondiale.

La langue kurde fait partie du groupe irano-aryen ou iranien de la grande famille des langues indo-européennes. Cette langue se distingue des autres langues irano-aryennes telles le persan, le pashto, le baloutchi, l’ossète (parlé dans le Caucase), le gilaki et le mazanderani (parlés aux bords de la Caspienne). On répartit généralement le kurde en trois grands groupes principaux: le groupe septentrional, appelé kurmandji, est le plus important par le nombre de ses locuteurs : deux-tiers des Kurdes le parlent, en Syrie, en Turquie et par les communautés kurdes d’ex-Union Soviétique. Il est aussi la langue parlée par les Kurdes d’Iran du nord-ouest, autour du lac d’Ourmiya et ceux du nordouest de l’Irak (Mossoul, Dohuk, Zakho, Akra, Amadiyya, etc.).

Les plus anciens textes kurdes écrits l’ont été en kurmandji. Citons le poète mystique Ahmad Nishanî, surnommé Melayê Djizîrî (v. 1570-1640), son disciple Feqiyê Teyran et Ahmedê Khanî, dont le roman Mem et Zîn l’a rendu aussi célèbre parmi les Kurdes que Ferdowsî chez les Persans.


Introduction

Le kurde est la langue véhiculaire d’environ 30 millions d’hommes et de femmes, vivant en majorité sur un grand territoire du Moyen-Orient que les Kurdes et les géographes appellent Kurdistan, partagé entre la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran au lendemain de la Première Guerre mondiale.

La langue kurde fait partie du groupe irano-aryen ou iranien de la grande famille des langues indo-européennes. Cette langue se distingue des autres langues irano-aryennes telles le persan, le pashto, le baloutchi, l’ossète (parlé dans le Caucase), le gilaki et le mazanderani (parlés aux bords de la Caspienne).

On répartit généralement le kurde en trois grands groupes principaux: - le groupe septentrional, appelé kurmandji, est le plus important par le nombre de ses locuteurs : deux-tiers des Kurdes le parlent, en Syrie, en Turquie et par les communautés kurdes d’ex-Union Soviétique. Il est aussi la langue parlée par les Kurdes d’Iran du nord-ouest, autour du lac d’Ourmiya et ceux du nord-ouest de l’Irak (Mossoul, Dohuk, Zakho, Akra, Amadiyya, etc.). Les plus anciens textes kurdes écrits l’ont été en kurmandji. Citons le poète mystique Ahmad Nishanî, surnommé Melayê Djizîrî (v. 1570-1640), son disciple Feqiyê Teyran et Ahmedê Khanî, dont le roman Mem et Zîn l’a rendu aussi célèbre parmi les Kurdes que Ferdowsî chez les Persans. L’usage, oral ou écrit, du kurmandji a été interdit dès les premières années de la république de Turquie, jusqu’en 1991 et en Syrie. Son enseignement reste interdit dans ces deux pays. Par contre, son enseignement et une importante littérature ont pu se développer dans l’ancienne république soviétique d’Arménie.

- Le groupe central comprend le sorani, parlé au nord-est du Kurdistan d’Irak, et qui est, depuis 2005, langue officielle de ce pays aux côtés de l’arabe, et seule langue officielle de la Région du Kurdistan. Bien que la littérature écrite soit apparue plus tardivement qu’en kurmandji, au XIXème siècle avec le fameux poète Nalî, sa situation officielle au sein de l’Irak lui assure une prépondérance écrasante dans le nombre des publications, d’autant qu’il est aussi parlé et écrit dans les régions centrales du Kurdistan d’Iran.

- Le troisième groupe, celui des langues kurdes méridionales, comprend plusieurs dialectes hétérogènes, tels que le kermanshahi, le sandjabi, le kalhori, le laki et le lori... Aucune de ces langues n’a acquis
un statut littéraire. Au cours de son histoire, le kurde a changé plusieurs fois de système d’écriture. On en recense deux aujourd’hui.

Le plus ancien est naturellement l’alphabet arabe, modifié par les Persans pour rendre les phonèmes particuliers à leur langue. Mais cet alphabet est peu commode pour une langue indo-européenne. Dès les années 1920, il fut adapté par des intellectuels kurdes de langue sorani, afin de pouvoir écrire les voyelles brèves et celles que ne comprend pas l’écriture arabe. C’est aujourd’hui l’écriture officielle du Kurdistan d’Irak, et elle est utilisée par les soranophones, qu’ils soient d’Irak ou d’Iran.

C’est également dans les années 1920 que l’alphabet latin pour écrire le kurmandji fut élaboré, par un groupe d’intellectuels ayant fui les persécutions en Turquie pour la Syrie, alors sous mandat français. Les princes Bedir Khan rassemblèrent à Damas un cénacle d’intellectuels et d’écrivains kurdes qui s’attachèrent à promouvoir l’usage du kurmandji, ainsi que sa littérature. Cet alphabet qui standardise plusieurs dialectes du kurmandji, proche de l’écriture du turc moderne, offrit immédiatement l’avantage de la simplicité de son orthographe et de son apprentissage. Il fut largement et très vite adopté par les Kurdes de Syrie et de Turquie.

Quant aux Kurdes d’Arménie et d’autres républiques soviétiques, ils élaborèrent eux aussi, dans les années trente, un alphabet latin différent de celui des Bedir Khan. Puis, suivant la volonté des autorités soviétiques, une écriture cyrillique fut adaptée pour le kurde dans les années 1940. Après l’effondrement de l’Union soviétique, les Kurdes vivant dans les nouvelles républiques indépendantes ont largement adopté, à l’écrit, l’alphabet latin élaboré en Syrie. La diffusion des langues kurdes sur Internet a conduit d’ailleurs à une homogénéisation des écritures du kurmandji.

La question de l’adoption pour le sorani de l’alphabet latin est régulièrement soulevée par des intellectuels kurdes et des linguistes, mais la situation politique de la Région fédérale kurde, dépendant encore d’un Etat arabe, ainsi qu’un long usage de l’alphabet arabokurde parmi la population sont des obstacles à cette réforme.

Joyce Blau




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